Football-Euro 2021

France-Hongrie : jeu “perso” ou collectif ?

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France-Hongrie : jeu “perso” ou collectif ?

Paul Pogba (à gauche) tente d'échapper au milieu de terrain allemand Toni Kroos durant le match France-Allemagne (1-0) comptant pour le groupe F de l’Euro 2021 de football, le 15 juin 2021, à l’Allianz Arena de Munich. © Matthias Hangst/POOL/AFP

Aujourd’hui, à 15 heures, la France affronte la Hongrie sur la pelouse du stade Puskás, à Budapest. Après une entrée remarquée dans le championnat face à l’Allemagne (1-0), les Bleus affronteront une équipe dominée par le Portugal lors de son match d’ouverture (3-0)… faisant toutefois preuve de « solidarité » et affichant un « bloc ultra-défensif », écrivait dernièrement le quotidien Ouest-France.

Le philosophe et grand connaisseur du ballon rond Mehdi Belhaj Kacem, lui, expliquait justement il y a plusieurs années (dans le n° 66 de Philosophie magazine) que le football contemporain faisait face à la « fin des grands hommes » – comme Cantona, Platini ou Zidane –, pour revenir à ce qui fait l’essence même d’un sport collectif : l’esprit d’équipe. L’occasion de portraits philosophiques des différentes équipes nationales, et d’un dialogue inédit avec le pilier de l’équipe championne du monde en 1998, Lilian Thuram, sur l’âme du sport le plus populaire au monde.

 

La fin des « grands hommes » au football ?

« Beckenbauer, Cruyff, Platini, Sócrates, Cantona… étaient de grands hommes et non d’éternels adolescents surpayés », écrit d’emblée Mehdi Belhaj Kacem. Le « grand homme », invention hégélienne, qualifie ici celui que le destin place au bon endroit, au bon moment, pour accomplir une tâche extraordinaire. Celle-ci réalisée, « il s’affaisse comme un sac vide », précise Hegel.

Si le phénoménologue pense alors certainement à un Napoléon, un César, ou un Alexandre le Grand, la description n’en n’est pas moins adéquate pour le football d’antan. Prenez par exemple Sócrates, légende du football brésilien, qui contribuera aussi au renversement de la dictature militaire au Brésil… avant de mourir d’une cirrhose du foie, à 57 ans. « Il fumait deux paquets de cigarettes par jour et buvait comme un Polonais », note Belhaj Kacem.

La différence entre un grand joueur et un joueur d’aujourd’hui, entre Maradona et Messi, serait donc sans doute de même nature qu’entre un génie et un surdoué. Les joueurs étant devenus, certes, de véritables « machines à jouer », mais dont la vie n’est plus parsemée de tragédies – si ce ne sont quelques mésaventures en-dessous de la ceinture, peu dignes d’un grand débat national.

 

Une philosophie du groupe

La bonne nouvelle, peut-être, est que toutes les conditions sont réunies pour que la formation s’appuie de nouveau sur des groupes et non sur des individualités. Le philosophe Ollivier Pourriol écrivait récemment, dans Philosophie magazine, que « le football est un sport individuel qui se joue à plusieurs ». Une vérité indubitable, dans la logique de « mercato » à laquelle sont soumis les grands clubs dont la réussite dépend étroitement de leur budget (il suffit de voir le Paris-Saint-Germain et ses recrues à plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros). Mais pour une équipe nationale, dans le cadre d’un championnat comme l’Euro échappant encore aux lois du marché, la morale semble sauve. « Les tournois internationaux, qui demeurent les plus prestigieux, sont les mausolées des mercenaires. On y joue pour la gloire et pour l’histoire, par pour le fric », note justement Mehdi Belhaj Kacem.

Plus encore, le sport, par sa dimension d’équipes plus soudées que jamais, élaborerait une véritable tactique intellectuelle pour lutter contre les spectres du racisme et du communautarisme. C’est en tout cas ce que défendent l’ancien joueur Lilian Thuram et le philosophe Mehdi Belhaj Kacem, dans un entretien que nous avions publié il y a huit ans. Alors que la Hongrie vient d’adopter un texte visant l’interdiction de la « promotion » de l’homosexualité (ce qui pourrait, dans les faits, censurer plusieurs livres, films, et autres créations culturelles) et que plusieurs joueurs posent désormais le genou au sol avant les matchs en signe de protestation contre les discriminations, nous vous proposons de (re)découvrir cet entretien… toujours aussi actuel.

Mehdi Belhaj Kacem et Lilian Thuram refont le match
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