Regard
Francis Fukuyama : « Hegel a eu raison contre Marx »
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Cet article est issu du numéro 27 de Philosophie magazine « 27 - mars 2009 », en kiosque le 26 février 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Trois questions à… Francis Fukuyama, philosophe et économiste américain. Après avoir célébré le triomphe du modèle libéral sur le communisme, il nuance aujourd’hui ses positions face aux errements de la politique étrangère de Bush, à la puissance émergente de la Chine et à la crise financière.
Dans La Fin de l’histoire et le Dernier Homme (Flammarion, 1992), vous célébriez le triomphe mondial, apparemment définitif, du modèle libéral. Pensez-vous aujourd’hui que l’effondrement du système financier signe la mort de ce modèle ?
Pour commencer, il faut bien comprendre le contexte intellectuel et historique dans lequel a paru mon livre. L’expression « fin de l’histoire » n’est pas de moi, mais de Hegel. Chez lui, elle se réfère avec une pointe d’ironie à l’année 1806 : Napoléon défait la Prusse lors de la bataille d’Iéna et impose à toute l’Allemagne les principes de liberté et d’égalité hérités de la Révolution française. Marx subvertira cette idée, en identifiant la fin de l’histoire à la victoire du communisme.
En reprenant cette expression en 1989, j’ai voulu dire que Hegel avait eu raison contre Marx : avec l’effritement du communisme, la fin de l’histoire ressemblait bien plus au règne du libéralisme « bourgeois » – c’est-à-dire à une combinaison entre démocratie pluraliste, propriété privée, liberté individuelle et souveraineté populaire – qu’à l’avènement d’une société sans classes et sans propriété privée.