Intraduisible

“Gemütlichkeit”

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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : allemand

 

Ce serait un « mot intraduisible » de l’aveu même de Maurice Betz. Pour ce traducteur de Rilke et de Nietzsche, la Gemütlichkeit désigne une manière d’être « spécifiquement allemande ». « Douceur idyllique, […] laisser-aller du foyer ou de la brasserie », elle évoque un « bonheur modeste », terre à terre. « Détente, songerie douce, apathie auxquelles l’homme s’abandonne, sa tâche finie, parmi les nuages de l’ivresse ou de la fumée, obéissant à un antique instinct grégaire et heureux de retrouver, dans une atmosphère de commodité et de bonhomie matoise, une “existence vide de forme” », la Gemütlichkeit est un engourdissement, une absorption dans la chaleur confortable d’un environnement familier et convivial, la demeure ou le café, à l’égard duquel on éprouve le sentiment d’une appartenance intime. « La Gemütlichkeit est ce glissement béat d’une âme qui se dissout en aise physique » et échappe, ce faisant, aux tensions, aux clivages et aux conflits qui la tiraillent au quotidien. Une sensation de plénitude, de bien-être et d’harmonie s’empare de celui qui s’y adonne. « On a oublié l’incertitude intérieure. » Le cœur (traduction partielle de Gemüt) est léger, paisible, réconcilié avec lui-même, du moins en apparence. Cependant, ce relâchement « dans sa forme extrême » peut toujours de se muer en « abrutissement » indifférent aux drames du monde.

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