Entretien

Hélène L’Heuillet : “En démocratie, ce n'est pas l’agressivité mais la haine qui génère la violence”

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Hélène L’Heuillet : “En démocratie, ce n'est pas l’agressivité mais la haine qui génère la violence”

Hélène L’Heuillet. © Serge Picard pour PM

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La mort de Quentin Deranque, militant de l’ultradroite tué à Lyon par des antifascistes, est-elle le signal d’une dégradation générale du climat politique en France ? Pour la philosophe et psychanalyste Hélène L’Heuillet, ce n’est pas tant l’agressivité de la parole politique qui génère de la violence dans notre société, qu’une déshumanisation généralisée de l’opposition politique. 


 

À la suite de la mort de Quentin Deranque, le camp présidentiel et sa droite accusent la France insoumise (LFI) d’être à la source d’un continuum de violences, de l’Assemblée nationale à la rue, comme si les discours brutaux alimentaient la violence en politique. Qu’en pensez-vous ?

Hélène L’Heuillet : En démocrate, il n’est pas possible de soutenir une telle position. La justice sanctionne les actes, pas les paroles. Quelle serait la suite si l’on soutenait une telle hypothèse ? Nous devrions interdire certains propos sous prétexte qu’ils seraient susceptibles de provoquer de la violence physique ? Il y a là le projet d’une censure de l’expression d’une colère contestataire, c’est-à-dire d’une parole appelant une réplique et non un acte violent. En effet, l’acte violent met fin à l’ordre de la parole, à la dialectique, il est une rupture. La stratégie de la conflictualité de LFI produit de la dispute ou de l’agressivité dans le débat parlementaire mais nous restons dans l’ordre de la parole qui ne pousse personne à démolir le corps d’un autre, contrairement à la haine. Pour faire gagner son camp, l’agressivité et la véhémence sont mêmes nécessaires en politique. Ne soyons pas comportementalistes : l’agressivité n’implique pas la haine et, ce n’est pas parce que nous serons dans le politiquement correct que nous empêcherons la haine, au contraire. 

“On doit pouvoir manifester contre un projet de loi ou un parti politique. Il ne faut pas laisser le pouvoir censurer la critique radicale de l’ordre productiviste”

 

Pendant la crise des Gilets jaunes, Jean-Luc Mélenchon avait indigné le gouvernement en faisant de la rue un lieu politique central, la scène des révoltes grandioses où le peuple renverse ses oppresseurs. Il avait déclaré : “C’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a abattu les nazis, c’est la rue qui a protégé la République contre les généraux félons en 1962.” Pensez-vous que cet imaginaire politique peut légitimer la violence ?

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