Hommage

"Il peint un monde que nous avons de plus en plus de mal à voir" : David Hockney vu par Yves Michaud

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"Il peint un monde que nous avons de plus en plus de mal à voir" : David Hockney vu par Yves Michaud

Une femme regarde “Portrait d’un artiste (Piscine avec deux personnages)” (1972) de David Hockney. © Timothy A. Clary/AFP

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Les grands peintres ne nous proposent pas un monde à eux, ils « transforment notre manière de le voir et de le vivre », soutient le philosophe Yves Michaud dans cet hommage vibrant au peintre David Hockney (1937-2026), récemment décédé. En revenant sur son rapport inventif à la tradition figurative, à son intérêt pour la photo et la vidéo autant qu’à son travail sur la couleur pour produire des « distorsions perceptives », il nous fait comprendre la singularité d’une œuvre qui aura introduit le mouvement de l’automobile et du travelling cinématographique dans la peinture.


 

Quelques jours après le décès de David Hockney, après que les journaux et médias ont retracé l’histoire d’un fils de famille modeste, avec une vocation d’artiste inébranlable, ayant suivi des enseignements académiques de base comme seuls Anglais et Allemands savaient (et savent encore) les maintenir, assumant son homosexualité à une époque où cela n’avait rien d’évident ni même de tranquille, on peut et doit passer à autre chose, c’est-à-dire réfléchir à la singularité de celui qui comptera comme l’un des plus grands artistes d’une seconde moitié du XXe siècle pourtant riche en grandes figures.

Un incomparable

Il y a effectivement là une figure solitaire, dont la stature ne doit rien aux « narratifs » de l’histoire de l’art académique. Pollock ? Assurément un grand peintre, mais inséparable de la légende de l’« expressionnisme abstrait ». De même pour De Kooning. De même pour les artistes du pop art, Warhol en tête, indissociables de l’histoire culturelle de leur époque, de la société de consommation et de publicité ou du soft power américain, arme politique fatale transformant les marginaux en produits d’appel. En Europe, de même : Soulages, gloire hexagonale, Tàpies, gloire catalane, Hantaï, gloire parisienne, Richter, gloire académique.

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