Au fil des âges
Ingrate jeunesse
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Cet article est issu du numéro 38 de Philosophie magazine « 38 - avril 2010 », en kiosque le 25 mars 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Notre époque, qui adore tant la jeunesse, oublie parfois que celle-ci débute par un âge peu adorable : l’âge ingrat.
On dit aussi l’âge bête, mais ingrat est meilleur, car il parle du physique autant que du moral. Pour le physique, c’est le temps de la disgrâce, causée par les métamorphoses de la puberté. L’ado cesse d’être enfant sans encore être adulte, tout en étant à la fois l’un et l’autre. Il se sent à l’étroit dans des habits et des rôles trop petits, mais est encore perdu dans un corps et des espoirs trop grands. Et puis, il y a les signes extérieurs de jeunesse : l’acné, la mue, l’inertie, et d’autres plus intérieurs : l’amitié, l’amour, la sexualité. Bref, tous les horizons semblent s’ouvrir en même temps et les possibles aussi ! Sur le plan moral, c’est aussi le temps de l’ingratitude. Les parents tout-puissants et aimants se muent en « vieux », l’autorité protectrice devient un carcan ; l’héritage, un boulet dont il faut se libérer. L’ado râle, souffle, « s’fai’ch. », veut sortir ou dormir, mais surtout ne se pose qu’en s’opposant.