Enquête
Pour la jeunesse, l’espèce humaine en passe d’être “toxique”
© Patrick Perkins/Unsplash
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Le succès des idéologies collapsologues et antispécistes au sein de la jeunesse posent une question : la nouvelle génération aurait-elle perdu foi en l’humanité ? Pour certains, la destruction des écosystèmes n’est en effet pas un accident mais la réalisation logique d’une nature humaine qui serait intrinsèquement mauvaise. Samuel Lacroix s’interroge sur les raisons d’un tel désamour.
Je me souviens d’une discussion à laquelle j’avais assistée il y a six ans. C’était à Nîmes, un soir d’été, en compagnie d’un groupe d’amis de quatre ans mes cadets (j’avais 21 ans ; ils en avaient 17). Comme souvent à cette saison dans le Gard, la conversation avait bifurqué sur la chaleur accablante et, par la suite, sur le réchauffement climatique. Très vite, la thématique de la responsabilité de l’être humain dans le processus était arrivée, jusqu’à cette sentence, unanimement partagée : « Vraiment, l’homme ne sert à rien ». Il fallait entendre : non seulement l’être humain n’apporte rien au monde mais, de surcroît, il n’est bon qu’à le détruire.
Cette idée d’un homo toxicus, je l’ai par la suite souvent retrouvée dans des discussions avec des gens de ma génération ou un peu plus jeunes concernant l’écologie. Elle revenait souvent en toile de fond de trois préoccupations environnementales qui sont, nous a-t-il semblé, celles qui caractérisent plus spécifiquement la jeunesse que d’autres classes d’âge aujourd’hui : la pleine conscience d’appartenir à une nouvelle ère géologique, le rapport à l’animal, et la crainte de l’imminence d’un « effondrement ».
Antispéciste, tu perds ton sang-froid
Les jeunes de moins de 25 ans, en particulier les plus favorisés socialement, adhèrent plus que leurs aînés au végétarisme, au véganisme et à leur versant militant, l’antispécisme [voir encadré en fin d’article]. Ce courant de pensée, initié par le philosophe australien Peter Singer avec La Libération animale (1975), vise à cesser de faire de l’humanité une espèce à part dans le règne du vivant, en surplomb des autres, qu’elle aurait toute légitimité à manger, exploiter, violenter. C’est cette attitude discriminatoire vis-à-vis des espèces non-humaines que qualifie le vocable de « spéciste », par analogie avec le racisme et le sexisme. Sensibilisée à ce combat par les vidéos d’abattoirs de l’association L214, la jeunesse française est aussi réceptive aux engagements de certains journalistes activistes à l’instar d’Aymeric Caron, auteur du best-seller No steak (2013) ou de Hugo Clément, très actif et très suivi sur les réseaux sociaux (près d’un million d’abonnés sur Instagram).