Hors-série “Game of Thrones”

Pablo Servigne : “‘Game of Thrones’ est un récit conscient, mais surtout une mythologie qui parle à l’inconscient de notre époque”

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Cet article est issu du Hors-série n°n° 41 de Philosophie magazine « “Game of Thrones” », en kiosque le 21 mars 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une catastrophe climatique s’apprête à s’abattre sur Westeros. Retranchés derrière un vertigineux mur de glace, les hommes se croient à l’abri et poursuivent leurs guerres intestines. De la fiction à la réalité : aujourd’hui comme hier, l’humanité saura-t-elle coopérer pour endiguer une menace brûlante comme la glace ? Le point de vue du théoricien de l’effondrement Pablo Servigne.

 

Avec Raphaël Stevens, vous avez théorisé la « collapsologie ». Que recouvre cette notion ?

Pablo Servigne : La collapsologie est l’étude scientifique de l’effondrement possible de notre civilisation. Il s’agit d’abord de rassembler, dans différents domaines, tous les indices, les chiffres, les données qui indiquent les possibilités d’effondrement – financier, écosystémique, politique, etc. D’autre part, la collapsologie s’intéresse aux effondrements systémiques globaux ; elle étudie les effets domino de contagion entre les « crises » ou secteurs d’effondrement.

 

« Winter is coming » [l’hiver arrive] est le leitmotiv de la série. Cela fait-il écho à votre propre théorie de l’effondrement ?

Game of Thrones, c’est ce que nous vivons mais à l’envers : le réchauffement climatique, et non le refroidissement, arrive, et les migrants ne viennent pas du Nord comme les Sauvageons qui tentent de franchir le Mur, mais du Sud. Comme à Westeros, nous construisons des murs pour nous en protéger. La saga est donc un récit conscient, mais surtout une mythologie qui parle à l’inconscient de notre époque et de notre géographie occidentale et états-unienne. Les grandes maisons du royaume s’entretuent pour le pouvoir, l’argent, etc. Mais elles ne voient pas venir les deux menaces : l’hiver et l’invasion des Marcheurs blancs. Seuls quelques-uns s’en rendent compte, comme Jon Snow qui s’efforce de prévenir tous les autres et de les pousser à coopérer pour survivre. Avec Gauthier Chapelle, nous avons développé cette idée de coopération dans L’Entraide. L’autre loi de la jungle 1. En abordant cette question : quels sont les ingrédients qui font que les individus d’un groupe s’entraident, et que différents groupes se mettent à coopérer ?

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