Jean-Luc Bernaud : « Les compétences bougent peu »
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En quoi consistent exactement les tests de QI ? Ont-ils su s’adapter à l’évolution de notre vision de l’intelligence depuis leur création il y a plus d’un siècle ? Réponses mitigées du psychologue Jean-Luc Bernaud.
Les tests de QI, c’est sérieux ?
Jean-Luc Bernaud : Oui, c’est sérieux. Les instruments les plus connus sont les « échelles de Wechsler », qui comportent une longue série de problèmes à résoudre relevant de compétences cognitives différentes : chiffres à mémoriser, mots à définir, items de catégorisation verbale, mise en ordre d’images, etc. Ces échelles existent pour les enfants, les adolescents, les adultes. Mais – et j’insiste sur ce point –, on ne peut réellement mesurer le QI qu’à partir du moment où l’on a administré toute une série d’épreuves en situation de face à face. Cela repose sur une procédure très standardisée, avec des tests référencés par rapport à un échantillon représentatif de la population de chaque pays – ce qui fait que la norme culturelle d’une nation n’est pas celle d’une autre. Lorsque je vois fleurir les tests de QI sur Internet administrés sans la présence d’un professionnel, je m’interroge sur leur validité scientifique, car on ne sait pas a priori ce que l’on mesure.
Quelles sont les grandes définitions de l’intelligence qui dominent en psychologie expérimentale ?
Vous m’auriez posé la question dans les années 1970-1990, je vous aurais donné une double réponse. En résumé : l’intelligence, c’est la compréhension et l’adaptation. Les fonctions cognitives sont la manière dont l’individu traite l’information. À quelle vitesse est-il capable de résoudre un problème ? Quel raisonnement fait-il ? L’adaptation est la capacité des individus à s’adapter à des situations inconnues.
Aujourd’hui, de nouveaux critères sont-ils apparus, en plus de la cognition et de l’adaptation ?
Depuis la fin des années 1990, les émotions ont supplanté le règne de la « cognition froide ». Quand l’individu résout un problème, il ressent des choses en fonction de la situation, a peur d’échouer, se pose des questions sur ses capacités, et cela a une incidence sur sa performance. On s’est donc mis à mesurer les interrelations entre la cognition et l’émotion : comment les émotions influencent nos réflexions, et inversement.