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Jean-Marc Lévy-Leblond. « De remarquables prémonitions »

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Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Rien n’est plus troublant pour un physicien que la lecture du De rerum natura. Ce texte fait vaciller en permanence le scientifique d’aujourd’hui entre le sentiment de familiarité (“j’y reconnais une partie de nos idées sur la matière, l’espace, l’infini…”) et celui de l’étrangeté (“mais sa façon de penser n’a rien à voir avec nos représentations théoriques modernes”). Le paradoxe est que les conceptions lucrétiennes (et celles des atomistes de l’Antiquité grecque, dont il reprend les idées) témoignent d’intuitions profondes et de prémonitions remarquables, tout en reposant sur des arguments désormais irrecevables. Car Lucrèce tente d’étayer des notions fort abstraites et contre-intuitives, comme l’existence du vide, la constitution atomique de la matière, l’émergence des qualités sensibles à partir de propriétés imperceptibles, à l’aide de raisonnements fondés sur le sens commun, frôlant ainsi souvent le paralogisme. Ainsi, Lucrèce, du point de vue de la science moderne, a souvent raison… pour de mauvaises raisons ! Cette dualité fait de son texte un extraordinaire banc d’essai épistémologique.

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