Hors-série "Proust"

Jean-Yves Tadié : Proust préconscient

Temps de lecture : 6 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Dans son dernier livre 1, Jean-Yves Tadié compare Proust et Freud dans le style d’un « dialogue des morts ». Sans nier qu’il soit plausible de révéler le « contenu latent » de l’œuvre, avec les outils de la psychanalyse, il se garde de tout surplomb thérapeutique. Entretien.

 

Votre livre Le Lac inconnu, entre Proust et Freud, compare les deux hommes en misant sur leur « consanguinité » : que recouvre cette notion ?

Jean-Yves Tadié : On laissera de côté les homologies vulgaires  les origines juives, l’expérience commune de la maladie même – Freud avait aussi des crises nerveuses, il s’évanouit un jour face à Jung après une vive dispute. Disons que je vois surtout chez eux une consanguinité d’esprit. D’abord tous deux s’intéressent aux mêmes nobles choses, à ce qu’il y a de plus important pour les hommes et les femmes : le sens de la vie, le bien-être, le fait d’échapper à l’angoisse, la maladie. Ils témoignent du même intérêt pour les relations humaines en général, les relations de famille en particulier. Je retrouve aussi chez eux une même honnêteté intellectuelle: on ne s’arrête jamais dans la recherche tant qu’on sent qu’un niveau de sens supplémentaire peut être atteint. Ce que Proust résume très bien dans sa jeunesse par cette formule  « allons plus loin  ». Pour l’un comme pour l’autre, la pensée va au bout de ce que sont une vie d’amant, un mot d’esprit, la jalousie ou le deuil. On ne s’arrête que quand on n’a absolument plus rien à trouver soi-même. Ce qui suppose un certain courage, et il en fallait, à l’époque, pour traiter de sujets tels que l’onanisme ou l’homosexualité. Ils sont prêts à rompre avec le monde pour aller jusqu’au bout de leur pensée, sans chercher d’ailleurs à faire du bruit, à créer le scandale, dans le style des représentants de Dada ou des surréalistes. Ils ont en commun cette obstination dans la recherche à laquelle ils sacrifient tout, parfois même leurs amitiés, leurs amours.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

École de FrancfortMarxisme