Joe Dassin / “L’Été indien” / 1975

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Cet article est issu du numéro 111 de Philosophie magazine « L’idéal de simplicité », en kiosque le 06 juillet 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Faute d’écriture qui dévore la mesure, les clichés se bousculent au point de créer un effet hypnotique.

D’abord, il y a ce passage narratif, qui pourrait être la voix off d’un film de Claude Lelouch, habitué à filmer les amours au passé : « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là. » Voix grave, dont on entend le grain, sur fond d’un « va-va-va » aérien, inhabituel pour des chœurs (plus habitués aux labiales ou aux dentales). L’enregistrement de cette voix cinématographique, au légendaire studio CBE, situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris, de Bernard Estardy, prit des heures. Difficile de trouver le ton juste, car le chant n’a pas la spontanéité du discours, et il est rare que l’on excelle dans les deux. Alors pourquoi se laisse-t-on prendre par ce roman-photo à l’effarante poésie (« Il y a un an, il y a un siècle, il y a une éternité ») ? Réverbération excessive, intonations lourdement soulignées, jusqu’à ces traînantes « couleuuuurs » de l’été indien – faute d’écriture qui dévore la mesure, les clichés se bousculent au point de créer un effet hypnotique. Tout peut arriver dans L’Été indien, mélange de désespoir vrai et de désinvolture évidente qui laisse l’auditeur désorienté, à l’image de cette confusion des temps qui est celle des sentiments : le texte commence au passé, bascule dans un futur incertain pour revenir à la tristesse d’un présent solitaire. Mais il y a surtout cette illumination finale : l’incroyable trompette de Pierre Dutour, si inventive, qui relaie la flûte à la troisième minute. « Musicien de studio est un métier difficile, confiait-il. C’est un concours que le musicien passe à chaque séance d’enregistrement. Personne ne dit rien, mais tout le monde écoute. Et vous serez convoqué ou exclu au prochain enregistrement. » Dutour eut encore une belle carrière devant lui.

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