Hommage
John le Carré : pourquoi l’espionnage est un art
John Le Carré en 1987. © Bridgeman Images
C’était le maître du roman d’espionnage. L’écrivain britannique John le Carré est mort ce samedi, le 12 décembre, à l’âge de 89 ans. Ancien diplomate ayant brièvement officié comme espion, John le Carré était devenu mondialement célèbre avec L’Espion qui venait du froid, son troisième roman, paru en 1963. Spécialiste des intrigues situées pendant la Guerre froide, John le Carré avait vu plusieurs de ses œuvres adaptées à l’écran, dont une récemment acclamée par la critique et le public, La Taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy), réalisé en 2012 par Tomas Alfredson.
La Taupe raconte comment un espion est chargé de déterrer un agent double du KGB au sein des services secrets britanniques. Mais ledit agent, George Smiley (Gary Oldman), se rendra compte que sa mission s’avère plus dangereuse que prévue… En plus d’entretenir une délicieuse paranoïa, La Taupe développe une passionnante esthétique de l’espionnage. Dans un article que nous avions publié en 2012, le philosophe Peter Szendy analysait cet art du « perspectivisme », où aucun point de vue ne parvient à s’imposer à un autre. Face à un tel relativisme moral, c’est la beauté qui devient un critère de choix, comme le dit l’un personnage : « J’ai choisi un camp, les Soviétiques, plutôt que l’autre pour des raisons esthétiques. L’Occident est trop laid. » Et si l’espionnage était un art ?