Géopolitique
Kaliningrad : de la ville de Kant à l’enclave russe
Vue de la ville de Königsberg en 1890. Aujourd’hui Kaliningrad, Russie. © AKG
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Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, le port russe de Kaliningrad suscite une attention renouvelée de la part de l’Otan. Enclave du Kremlin enchâssée entre la Pologne, la Lituanie et la mer Baltique, elle est depuis 2016 un avant-poste nucléaire russe, capable d’atteindre d’un tir de missile les principales capitales européennes. Mais avant de devenir une citadelle, elle fut aussi, sous le nom de Königsberg, la ville d’Emmanuel Kant.
Un héritage qui suscite parfois, en Russie, une vive hostilité anti-occidentale : en 2015, par exemple, la maison de Kant avait été taguée. La cité portuaire a bien changé, depuis le temps de « l’horloge de Königsberg »… Il y a deux siècles en effet, le philosophe la considérait comme « un lieu fait pour l’élargissement de la connaissance de l’homme autant que de la connaissance du monde ».
- C’est à Königsberg que naquit Emmanuel Kant, en avril 1724. C’est à Königsberg qu’il mourut, le 12 février 1804. S’il appréciait tout particulièrement les récits de voyages, il ne quitta jamais, sa vie durant, la capitale du royaume de Prusse, au bord de la mer Baltique. Casanier ? Sans doute. Le philosophe était connu de la ville entière pour son goût scrupuleux de la routine, élevé au rang d’art de vivre. Reinhold Bernhard Jachmann, un contemporain, raconte : « Les jours de cours, il était chez lui à son bureau à sept heures quarante-cinq précises. À sept heures cinquante, il mettait son chapeau et à sept heures cinquante-cinq, il prenait sa canne. Il sortait de chez lui lorsque le premier coup de huit heures sonnait à l’église. » Les passants réglaient leurs montres à son passage. L’anecdote est connue : il ne dévia que deux fois de sa promenade quotidienne – la première, pour acheter le Contrat social (1762) de Rousseau, la deuxième, pour acheter le journal au moment de la Révolution française. Soucieux de régularité, Kant est d’ailleurs l’un des premiers grands philosophes modernes à donner un enseignement universitaire régulier.
- Cela étant, la vie de Kant à Königsberg était moins morne qu’il n’y paraît de prime abord. Le philosophe aimait recevoir ses amis à dîner – toujours le même nombre, toujours prévenus au dernier moment. Il appréciait la discussion et les rencontre. Königsberg, à cette époque, était par conséquent un lieu idéal pour son mode de vie. Comme il l’explique dans une note de l’Anthropologie du point de vue pragmatique (1798) :