La petite question
La femme au foyer est-elle (forcément) aliénée ?
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En remplaçant le « congé maternité » par un « congé naissance » plus court, Emmanuel Macron souhaite que les femmes ne « s’éloignent pas du marché du travail ». Mais le travail est-il toujours une liberté ? Et inversement, « la femme au foyer » est-elle forcément aliénée ? Là où Beauvoir répond par un « oui » franc et catégorique, la philosophe américaine Iris Marion Young propose une vision libératrice (et féministe !) du travail domestique.
Il y a assurément quelque chose de profondément rétrograde à encourager, voire à obliger les femmes à rester à la maison. Mais n’est-ce pas tout aussi autoritaire de les enjoindre à retrouver le chemin du travail, quand elles expriment la volonté de rester au foyer, afin d’assurer l’éducation et le soin de leurs enfants ? Pourquoi cette décision est-elle souvent vue comme un renoncement à soi, à sa vie ?
Beauvoir et la cage dorée de la femme au foyer
Pour comprendre pourquoi la femme au foyer a si mauvaise presse de nos jours, il faut remonter le fil d’une tradition féministe dont l’une des figures de proue reste encore aujourd’hui Simone de Beauvoir. Dans Le Deuxième Sexe (1949), Beauvoir analyse le travail domestique comme un non-choix, une conséquence dramatique de la condition féminine. Sous sa plume, l’entretien du foyer n’est pas un travail, mais une assignation. La femme au foyer possède son lieu, sa terre, son « pré carré », au sein duquel elle est confinée pour le restant de ses jours. Elle est certes « reine de sa ruche », mais privée du monde extérieur, du travail et des relations humaines sérieuses et valables, auxquelles se consacrent son mari. La situation de femme au foyer, initiée par le mariage est donc une perte fondamentale, une limitation de l’espace mental et vital. Beauvoir décrit cette situation avec des mots durs :