La gloire de nos pieds
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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La station debout a toujours été un motif de fierté pour l’homme. D’Aristote à Hegel, les grands penseurs ont chanté les louanges de la bipédie, tandis que des esprits forts ont tourné en dérision cette vanité anatomique.
Bipèdes. S’il y a bien une chose dont les hommes ont toujours été fiers, les philosophes en tête, c’est de se tenir solidement campés sur leurs deux jambes. Et cela, depuis l’Antiquité. « L’homme est le seul des animaux à se tenir droit car sa nature et son essence sont divines. Or la fonction de l’être divin par excellence, c’est la pensée et la sagesse. » C’est Aristote (–324/–322 avant J.-C.) qui, dans Les Parties des animaux, donne le ton : selon lui, être bipède, avancer debout plutôt qu’à quatre pattes, c’est s’arracher à la pesanteur, imiter l’élan vertical de l’âme vers la perfection et le divin. S’il arrive parfois aux animaux de se dresser sur leurs pattes arrière, comme l’ours ou le chien, ils sont bipèdes par occasion, pour combattre ou attraper un sucre – tandis que l’homme en est capable de façon stable et permanente. « L’homme est le seul être qui, dans sa perfection, ait la tête en rapport avec l’axe du monde. » Être bipède, pour le fondateur du Lycée, c’est donc un statut métaphysique, une manière particulièrement digne de se positionner dans l’ordre cosmique.
Plus de vingt siècles après, la bipédie est toujours à l’honneur chez les philosophes. Pour J. G. von Herder (1744-1803), grand philosophe de l’histoire et précurseur du romantisme allemand, la bipédie est ainsi bien plus qu’une particularité anatomique. Dans ses Idées pour la philosophie de l’histoire de l’humanité, il se demande comment, « de la condition de l’animal qui le courbait vers la terre », notre lointain ancêtre aurait pu « s’élever à l’état d’homme ». Pour Herder, l’homme, originellement bipède, ne peut pas être issu d’un quadrupède comme le singe, rivé à une horizontalité « abjecte » et à l’imitation pitoyable de l’homme.