Chronique
Histoire d’une dislocation
Carte postale représentant la ville de Buczacz en 1910. © Wikimedia Commons
Cet article est réservé aux abonnés.
Comment une paisible petite bourgade d’Ukraine occidentale s’est-elle transformée en vaste charnier, où la totalité de la population juive a été assassinée ? Avec Anatomie d’un génocide (Plein Jour, 2021), l’historien américain d’origine israélienne Omer Bartov a compilé des milliers d’archives pour tenter de comprendre comment des communautés en paix les unes avec les autres se sont éloignées avant l’explosion de la violence criminelle. Un chef-d’œuvre.
« Au temps où ma mère y vivait, cela avait été une pittoresque petite ville, et c’est ainsi qu’elle s’en souvenait », écrit Omer Bartov. Buczacz (Boutchatch selon l’orthographe ukrainienne) est située en Galicie orientale. Tantôt polonaise, tantôt austro-hongroise puis ukrainienne, son destin fut celui d’un carrefour de peuples et de communautés culturelles. La fondation de la ville, à la fin du Moyen Âge, associe d’emblée les colons polonais à une communauté juive venue s’installer sous la protection de l’aristocratie locale. En toile de fond vivent les Ruthènes, chrétiens de rite orthodoxe grec ou catholique, qui forment la population la plus ancienne et la plus pauvre. Pendant des siècles, ce patchwork citadin et rural traverse de façon plus ou moins paisible les conflits frontaliers entre grandes puissances européennes.