La qualité de la source

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Cet article est issu du numéro 96 de Philosophie magazine « Le bien et le mal, ça s’apprend ? », en kiosque le 21 janvier 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Une question hante les esprits depuis les attentats du 13 novembre 2015. Comment des jeunes gens élevés dans des sociétés démocratiques et pacifiques fondées sur les valeurs de tolérance et de respect d’autrui sont-ils parvenus à annihiler en eux toute conscience morale et à assassiner leurs semblables dans la rue, au stade ou au concert ? Comme si on ne leur avait rien appris, se dit-on spontanément. Des parents moins négligents, une école moins indifférente ou mieux structurée auraient-ils donné aux terroristes les ressources morales qui leur auraient permis d’échapper à l’endoctrinement, voire de renoncer à leurs actions au dernier moment ?

C’est là que les choses se compliquent. On peut difficilement s’empêcher de penser que le rôle des parents et des institutions est de transmettre des points de repère permettant de vivre avec autrui avec le moins de dégâts possibles. Quelle que soit la formulation de ces principes moraux – ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, etc. –, ils semblent d’abord passer par l’éducation, quitte à être ensuite oubliés, niés, redécouverts au bon moment, reformulés. Mais admettre la possibilité d’une éducation morale pose toute une série de problèmes. Tout d’abord, comment définir les grandioses notions de bien et de mal ? Sont-elles deux principes opposés et aussi puissants l’un que l’autre, comme le veut le manichéisme – ou bien le mal n’est-il qu’un dérangement de l’ordre du bien, un désordre temporaire, comme le soutient Augustin ? Peut-on en donner une définition universelle et intemporelle, ou bien faut-il accepter qu’ils varient ? Selon Platon, on peut, après une longue recherche rationnelle, déterminer l’essence du Bien ou du Juste. Pour Blaise Pascal, au contraire, chaque groupe humain se soumet à des principes particuliers : « On ne voit rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat […]. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Qu’ils soient absolus ou relatifs, voyons pourtant comment on pourrait tenter de transmettre la différence entre le bien et le mal, en famille, dans des organisations religieuses ou laïques, et peut-être même à l’école. Il existe trois voies principales : l’apprentissage théorique, l’incorporation ou encore la mise en rapport avec les autres.

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