Théâtre

“La Tendresse” : Mâles vus !

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Image extraite de la pièce “La Tendresse”. © Axelle de Russé via Compagnie Les Cambrioleurs

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Cet article est issu du numéro 159 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qui nous rend courageux ? », en kiosque le 05 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Huit jeunes comédiens dépoussièrent l’image traditionnelle de la masculinité dans cette pièce mise en scène par Julie Bérès, actuellement au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris.

Qu’est-ce qu’un mec bien ? Huit jeunes prennent la question à bras-le-corps. Composée à partir de souvenirs personnels et de témoignages, la pièce portée par la présence des comédiens – tantôt danseurs, tantôt chanteurs –, discute les fantasmes et les attendus avec lesquels un adolescent doit composer en grandissant. Ils se confient sur leur rapport au désir, à la sexualité, à la famille, à la violence et à la fragilité. Conçu comme le pendant de Désobéir des mêmes auteurs et qui mettait en avant le discours d’émancipation de jeunes femmes, le spectacle se penche aussi sur la part de mensonge à soi et aux autres qu’implique toute recherche d’identité. « Tout concourt à faire de l’idéal de l’impossible virilité le principe d’une immense vulnérabilité », notait Pierre Bourdieu, soulignant combien répondre à l’image que l’on attend de nous crée de violence vis-à-vis de soi et des autres… et combien y déroger demande de s’exposer, voire de se reconnaître une forme de tendresse. Dans un décor urbain fait d’un monticule gris percé d’une porte, qui sert d’agrès et de promontoire, les comédiens démontrent avec puissance, sensibilité et humour qu’on ne naît pas homme mais qu’on le devient, qu’il y a donc un effort à fournir pour accepter l’héritage patriarcal et apprendre à en disposer, pour le transformer et ne pas en être l’esclave. Ils attestent joliment que la construction du genre masculin est donc aussi paradoxalement un combat pour l’émancipation. Car s’abstraire des stéréotypes, et ne pas les reproduire, demande un certain art. Eux n’en manquent pas !

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