Entretien
“La traite transatlantique des esclaves a été l’un des piliers sur lesquels s’est construit notre système économique” : entretien avec le philosophe Olúfẹ́mi O. Táíwò
Olúfẹ́mi O. Táíwò. ©Hassan Albadawi/Wikimedia commons_CC BY-SA 4.0
Cet article est réservé aux abonnés.
L’Assemblée générale des Nations unies a adopté en mars dernier une résolution reconnaissant « la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains […] comme le plus grave crime contre l’humanité ». Le philosophe Olúfẹ́mi O. Táíwò, professeur à l’université Georgetown (États-Unis) et spécialiste des questions de réparation, analyse l’importance de ce vote et répond aux critiques qu’il a soulevées.
La résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies est-elle historique à vos yeux ?
Olúfẹ́mi O. Táíwò : Je m'en remettrais à mes collègues historiens pour déterminer dans quelle mesure ce vote est en soi historique ou sans précédent. Mais je ne pense pas qu'une résolution de ce type puisse suffire à redéfinir les relations morales et politiques entre le Nord et le Sud, tant que le pouvoir politique et économique n'aura pas été réellement redistribué. La traite transatlantique des esclaves a été l’un des piliers sur lesquels s’est construit notre système économique à l’échelle planétaire. Elle a permis une explosion de richesse et de progrès technologiques, mais elle explique aussi en partie où cette richesse s’est accumulée et qui y a eu accès. De manière générale, l’Afrique et les peuples d’ascendance africaine se sont retrouvés au bas des hiérarchies issues de cette histoire.