Hors-série "L'amitié"

L’amitié, une passion au ralenti ?

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 50 de Philosophie magazine « L’amitié. Ce que nous avons de meilleur ? », en kiosque le 29 juillet 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Après la passion des débuts peut venir le temps de l’amitié entre les amants. Loin d’être le signe d’une résignation ou d’une dégradation du lien, il s’agit de la métamorphose la plus heureuse qu’une union puisse connaître, estime Pascal Bruckner.

 

Les régions tempérées du sentiment sont les plus difficiles à cerner. L’esprit aime à concevoir les extrêmes, la froideur ou la passion, mais il balbutie devant la modération et l’ordinaire comme s’ils manquaient de relief pour être appréhendés. Notre époque que l’on dit matérialiste est tout entière vouée aux mythologies du sublime. Nous exaltons l’amour absolu pour dénigrer les amours ordinaires, les amitiés calmes. Dans la lignée du Banquet de Platon, des professeurs d’absolu divisent, foudroient, hiérarchisent, établissent des échelles de graduation et donc dévalorisent ce que nous vivons. Ils nous exhortent au dépassement, nous soumettent à l’alternative du tout ou rien. À les en croire, « l’amour vrai » serait un tel océan de merveilles qu’à côté de lui, il n’y aurait que tentatives maladroites, misère humaine, rabaissement du cœur. Imaginer que l’amour puisse se dégrader en amitié, qu’il puisse devenir aussi un compagnonnage joyeux heurte ces bons esprits. L’idéalisation du sentiment rêvé entraîne la dépréciation du sentiment vécu. Nous sommes conviés à calomnier nos unions maladroites au lieu d’admettre que l’amour, comme l’amitié, n’est  rien d’autre que ce que nous éprouvons dans l’humble présent, à la fois précaire et magnifique.

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