Sens et vie

Le bonheur

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Cet article est issu du numéro 36 de Philosophie magazine « 36 - février 2010 », en kiosque le 21 janvier 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En quête perpétuelle de cet état fugace et relatif, plongés dans la douleur de vivre, nous oublions parfois le simple plaisir d’exister.

Pourquoi le bonheur est-il si triste ? D’où vient l’amertume qui le suit comme son ombre ? Est-ce de n’être qu’une parenthèse, un point de suspension ? Le fait est que, telle la Madame Poussin de Sodome et Gomorrhe, de Proust, que le narrateur surnomme « Tu m’en diras des nouvelles » parce qu’elle ne cesse, « par cette phrase perpétuellement répétée », d’avertir ses filles des malheurs qui les attendent, le bonheur a pour dot (et pour antidote) la certitude menaçante de son terme. « Au cœur de la source des plaisirs, crie Lucrèce, jaillit quelque chose d’amer qui, au sein même des délices, vous reste dans la gorge. » L’expérience du bonheur étant inséparable de la crainte (en elle-même fatale) qu’il s’achève, tout homme heureux est un homme averti, dont le bonheur succombe dès qu’il en prend conscience. Le bonheur, comme l’amour, est illucide ou il n’est pas : car savoir qu’on est heureux, c’est d’emblée savoir que le bonheur ne dure pas, et donc vouloir qu’il dure, or, vouloir être encore heureux, c’est déjà ne plus l’être. En matière de bonheur, la fin du début, c’est le début de la fin. On l’envie, il nous ennuie, puis il s’enfuit.

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