Le courage

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Cet article est issu du numéro 41 de Philosophie magazine « 41 - été 2010 », en kiosque le 01 juillet 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Laissons les lâches se justifier ; le courage, lui, s’impose d’emblée, sans calcul. C’est un acte posé, une sagesse irréfléchie.

Au commencement est le courage. Contrairement à la lâcheté qui se donne toujours d’excellentes raisons, le courage est sans précédent, la décision radicale de ne pas vivre à genoux est une sagesse irréfléchie : rien n’explique ni ne permet de prévoir le geste surnaturel de surmonter sa frayeur, de manger des betteraves, de sauter en parachute, de frapper Goliath, de cacher des Juifs, en un mot, de faire face quand tout porte à baisser les yeux. Être courageux, c’est agir comme tel, opposer à la tentation (coupable et pourtant compréhensible) de courber l’échine le fiat inaugural d’une volonté sans cause. Car il n’y a pas de causes au courage, seulement des occasions. Et il n’y a pas de courage proprement dit, mais seulement des actes courageux que rien ne justifie, dont la nature commune n’apparaît que rétrospectivement. Le courage est une grâce inexplicable et soudaine, une renaissance à soi-même et au monde où le déni s’estompe devant l’initiative : « Victoire sur la lenteur et la terreur, chute redressée, géotropisme transformé en aérienne lévitation, fuite changée en assaut, le courage proteste contre les mouvements acquis de l’inerte nature par le geste absurde et hasardeux du sacrifice. », écrivait Jankélévitch. La peur est le pressentiment du réel, le courage en est l’acceptation spontanée.

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