Être courageux, est-ce défendre le bien ou n’importe quelle cause ?

Temps de lecture : 6 min

Être courageux, est-ce défendre le bien ou n’importe quelle cause ?

(cc) Marc Roberts / Flickr

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour Socrate, la notion de courage est inséparable de la vertu, et nul n’est courageux s’il sert une cause ambiguë ou injuste. Pour Sade, au contraire, il y a du courage dans le crime ou la cruauté. Qu’en est-il dans la pratique ?

Ted Bundy était-il courageux ? Mohammed Atta était-il courageux ? Les 2 293 soldats français tombés lors de la bataille de Diên Biên Phu étaient-ils courageux ?

Le premier est un tueur en série ; le second, un des terroristes du 11 Septembre ; les derniers, des militaires engagés dans une guerre coloniale sans issue. Si le rapprochement de ces figures de l’Histoire récente a quelque chose de choquant, c’est qu’il n’est pas facile de parler d’héroïsme à propos de la violence guerrière ou du mal. Une longue tradition nous incite en effet à conditionner le courage à une certaine conception de la justice ou du bien. Ainsi Cicéron, dans son Traité des devoirs, écrit-il : « On doit voir les courageux, les magnanimes en ceux qui pourchassent l’injustice, non en ceux qui la commettent. » Ce précepte radicalise l’enseignement de Socrate qui, lorsqu’il converse avec le général Nicias, suggère que ce n’est pas par l’entraînement au combat que s’acquiert le courage, car il est indispensable pour être courageux de posséder une science préalable, celle des choses « qu’il faut craindre et des choses qu’il faut oser ». Pas de courage véritable ni de valeur d’un combat si l’on n’est guidé par une connaissance supérieure, par une exigence de conformité avec l’idée du Bien : c’est le point de vue de Socrate, affirmé dans plusieurs dialogues (Protagoras, Gorgias, Lachès). À la limite, il est même dangereux d’acquérir une vraie maîtrise de l’art de la guerre si l’on ne possède aucun savoir de la vertu : car alors les techniques meurtrières risquent de servir des desseins iniques.

« On ne doit pas se représenter l'héroïsme sous l'idée d'une perfection morale qui ne lui convient nullement. »

Jean-Jacques Rousseau

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

Bonheur CourageJusticeMalMoraleSophisteValeur Vertu