Dialogue
Le darwinisme est-il compatible avec la foi ?
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Aujourd’hui peut-être davantage qu’à l’époque de leur parution, les théories darwiniennes sont contestées, au nom de la religion, lorsqu’il s’agit d’expliquer la vie, son origine et son évolution. Dominique Lecourt, philosophe, et Jacques Arnould, théologien, dressent un état des lieux des rapports entre science, foi et philosophie.
Dominique Lecourt, professeur de philosophie à Paris-VII, où il dirige le centre Georges-Canguilhem, est l’auteur de L’Amérique entre la Bible et Darwin, (suivi d’Intelligent Design : science, morale et politique PUF, 3e édition, 2007). Jacques Arnould, docteur en théologie et chargé de mission pour les questions éthiques au Centre national d’études spatiales, a publié Dieu versus Darwin. Les créationnistes vont-ils triompher de la science ? (Albin Michel, 2007). C’est au cours d’une rencontre à l’université Paris-Diderot que le philosophe et le théologien évoquent l’essor du créationnisme et de l’intelligent design (voir définitions ci-dessous), avant de comparer leurs démarches respectives… jusque dans leurs divergences.
Jacques Arnould : Nous assistons aujourd’hui à une expansion du créationnisme en Europe, un phénomène dont la dimension politique doit être soulignée. Des mouvances religieuses très différentes se servent du credo antiévolutionniste comme d’un cheval de bataille commun pour étendre leur influence. Aux côtés des créationnistes protestants américains, des fondamentalistes musulmans cherchent à propager leurs idées : la distribution gratuite en 2007, dans un grand nombre d’établissements scolaires et universitaires français et européens, de L’Atlas de la création, du Turc Harun Yahya – ouvrage dans lequel la théorie de l’évolution est érigée en mal absolu – en est le témoignage le plus net. De fait, de « saintes alliances » se créent contre un ennemi commun : la vision du monde et de l’homme proposée par les sciences de l’évolution. Des offensives sont aussi menées par certaines franges de l’Église catholique. Ainsi, au Conseil de l’Europe, des représentants du Saint-Siège ont exprimé des réticences sur le rapport Lengagne (« Les dangers du créationnisme dans l’éducation ») de juin 2007.