Édito

Le parti pris de la tache

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Le parti pris de la tache

© Micaël pour PM

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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Je me suis toujours demandé si la théorie de mon amie B. était exacte. Nous étions encore au lycée, B. peignait et faisait de la photographie, elle avait déjà remporté quelques prix. Elle avait une théorie bien arrêtée sur la beauté physique : selon elle, il fallait la présence d’un défaut révélateur pour que celle-ci éclate. Un visage strictement symétrique serait monstrueux, nous le savons par les photomontages ; une peau sans aspérité ni accident de coloration nous donnerait l’impression d’un ballon de baudruche ; l’harmonie mathématique des proportions convient peut-être à une architecture, à un objet manufacturé, mais jamais à un être humain. Il faut dire que l’auteur de cette théorie avait elle-même un défaut, qu’elle arborait avec une immense fierté : sur une arcade sourcilière, une petite boule de cartilage lui faisait un renflement bien visible. C’était une anomalie de naissance. Si elle ne l’avait pas eue – avec ses cheveux longs, ses joues rondes et saines, ses longs cils voilant ses grands yeux noisette – elle aurait eu l’air d’une poupée un peu niaise. Le visage de B. était donc comme la confirmation vivante de sa théorie.

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