Théâtre

“Le Prince” en entreprise: formation machiavélienne continue

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“Le Prince” en entreprise: formation machiavélienne continue

Le Prince mis en scène par Laurent Gutmann © Pierre Grosbois

Comment prendre le pouvoir et le conserver? Laurent Gutmann s'empare de la question posée par Machiavel dans “Le Prince”, qu'il adapte avec humour pour la scène et dans le monde contemporain de l'entreprise. [Reprise du 23 septembre au 8 octobre au Théâtre Paris-Villette, à Paris, et en France jusqu'au 12 mai 2015]

Des Placo™ et des néons en guise de dorures et de stucs ; une salle de réunion plutôt qu’un palais ; des employés en formation en lieu et place du prince. Tout juste cinq siècles ont passé depuis que Nicolas Machiavel a écrit Le Prince, son manuel de pratique politique, en 1513, à Florence. Mais la réalité de cette espèce humaine « à demi apprivoisée » qui « obéit à ses maîtres, appelés “princes” » (selon Paul Veyne dans une préface) pourrait n’avoir pas tant changé. C’est le pari de Laurent Gutmann, qui porte sur scène ce texte fondateur de la pensée politique : plutôt qu’une adaptation, une mise en pratique amusée pour le monde contemporain de la vingtaine de chapitres que comporte l’essai.

Comment doit-on gouverner, comment conserver le pouvoir, dans quels cas mentir ou user de la force, mieux vaut-il être aimé ou craint ? Autant de questions qui intéressent non seulement le prince mais aussi son peuple. Laurent Gutmann précise : « en même temps qu’il a pour objet l’éducation politique des princes, [Le Prince] porte à la connaissance du peuple l’art du gouvernement et, par là même, fait prendre conscience au peuple des opérations de domination dont il est l’objet. »

« Il y a une manière de louer Machiavel qui est tout le contraire du machiavélisme »

Maurice Merleau-Ponty

Pour expérimenter l’une et l’autre des conditions, être à la fois peuple et prince et comprendre la logique du pourvoir, dans la société et dans l’entreprise, le metteur en scène crée un jeu de rôle, avec travaux pratiques à l’appui, fidèle en ceci à Machiavel qui, contre l’idéalisme, exhorte à l’action. Discours, combats et jeux de ruse, coups bas, astuces... rien ne sera épargné aux candidats pour gagner et conserver la couronne. Comme au poker et comme en politique, il faudra prévoir les revers de Fortune. Le tout sous les yeux d’un public averti, un « peuple » de circonstance, très bienveillant. Sur ces trois candidats au trône (et à un demi-cabriolet en guise de carrosse) veillent une formatrice et un maître du jeu, qui veille au respect des consignes et distille ses conseils : c'est Nicolas lui-même, qu’interprète avec beaucoup d’humour et d'à-propos Luc-Antoine Diquéro, en costume-cravate recouvert d’un pourpoint de velours.

« Il y a une manière de désavouer Machiavel qui est machiavélique, c’est la pieuse ruse de ceux qui dirigent leurs yeux et les nôtres vers le ciel des principes pour les détourner de ce qu’ils font, écrit Maurice Merleau-Ponty dans ses « Notes sur Machiavel » (Signes, Gallimard). Et il y a une manière de louer Machiavel qui est tout le contraire du machiavélisme puisqu’elle honore dans son œuvre une contribution à la clarté politique. »

Laurent Gutmann en atteste avec ce spectacle inspiré, drôle et trépident, rappelant la contribution de Machiavel à la clarté politique en portant sur scène, selon les préceptes du « très pénétrant Florentin », « des choses utiles à qui les écoutent ».
 

 

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