Le saut dans l’inconnu
© Micaël pour PM
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Cet article est issu du numéro 5 de Philosophie magazine « 5 - hiver 2006 », en kiosque le 07 décembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le clonage est un moindre mal. Tout bien considéré, qu’est-ce qu’un clone ? Un être qui présente le même patrimoine génétique qu’un autre membre de son espèce, c’est-à-dire ni plus ni moins un jumeau, dont la naissance serait décalée dans le temps.
Avez-vous déjà entendu parler de cette chose étrange que le biologiste et philosophe Henri Atlan a baptisée le « pseudo-embryon » [1] ? À Shanghai, une équipe dirigée par Hui Zhen Sheng est parvenue à transférer, dans des ovules de lapine au préalable énucléés, des noyaux de cellules humaines. C’est la première réussite d’un tel transfert de noyau d’ADN d’une cellule humaine vers un ovule de mammifère. L’« œuf » ainsi obtenu s’est développé jusqu’au stade du blastocyste, c’est-à-dire jusqu’à former une structure d’une centaine de cellules environ. Question : les tissus cellulaires mis en culture par l’équipe de Hui Zhen Sheng sont-ils humains ou animaux ? Nul ne le sait. Les scientifiques n’ont pas d’avis tranché sur la question, ignorant si cet être, implanté dans un utérus, serait viable. Le vertige est encore plus grand dans le cas de la chimère : une chimère est un être qui mélange le patrimoine génétique de plusieurs espèces, produit par fusion d’ovules fécondés. On sait ainsi fabriquer des moutons-chèvres. Rien n’empêche d’imaginer l’arrivée prochaine des hommes-singes.