La petite question
Le syndrome Pierre Niney. Pourquoi les appréciations scolaires s’impriment-elles à vie en nous ?
L’acteur Pierre Niney au Festival de Cannes, le 22 mai 2024. © Syspeo/Sipa
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Un jour, la professeure de français de Pierre Niney lui a conseillé de ne pas rêver à un trop grand avenir. Dans une vidéo récente, l’acteur témoigne y repenser souvent. Pourquoi certaines phrases nous hantent-elles si longtemps, et peut-on (vraiment) s’en détacher ? Réponses avec Daniel Pennac et Elias Canetti.
« Avec des résultats comme les vôtres, faudrait penser à pas trop rêver, vous êtes quand même assez médiocre. » La formule, lancée au jeune Pierre Niney par une enseignante en français, lui est restée en mémoire. Des années après, l’acteur en parle encore, au point d’en faire une petite vidéo humoristique… non dénuée d’un reste d’amertume et d’un esprit revanchard. Oui, Niney a aujourd’hui « réussi ». Mais son succès n’a pas suffi à effacer la trace de ce sévère jugement professoral. Si cette remarque est si mémorable, c’est peut-être d’abord parce qu’on sent qu’elle ne vise pas à juger un travail particulier, mais une personne tout entière. Elle essentialise une identité, la fige. Tout se passe comme si l’entièreté de l’identité était contenue dans une petite phrase assassine.
Mais l’exemple de Niney montre que la phrase va plus loin. Son enseignante ne se contente pas de qualifier ce qu’il est, elle désigne ce qu’il sera plus tard. Une personne qui ne doit pas « trop rêver », qui doit réfréner ses ardeurs et ses ambitions. Non contents de qualifier le présent, ces commentaires méprisants viennent boucher l’avenir. C’est sur le terrain de la potentialité, de la virtualité, du devenir – que de telles remarques agissent avec le plus de cruauté. Voici par exemple comment l’écrivain Daniel Pennac décrit l’image qu’il avait lui-même, en tant que « cancre », dans Chagrin d’école (2007) :
“Aucun avenir. Des enfants qui ne deviendront pas. Des enfants désespérants. Écolier, puis collégien, puis lycéen, j’y croyais dur comme fer moi aussi à cette existence sans avenir. C’est même la toute première chose dont un mauvais élève se persuade”