Le Tao, vivre est un art
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Le Tao n’est pas seulement une « voie » philosophique vers l’immortalité… En dehors des traités de Laozi et de Zhuangzi, il a profondément influencé l’art chinois, comme le prouve l’exposition de peintures et d’objets que lui consacre le Grand Palais.
Jusqu’au 5 juillet 2010 a eu lieu la plus importante exposition sur le taoïsme jamais tenue en Europe. Plus de 250 œuvres été présentées au Grand Palais. Les fonds prêtés par le musée Guimet, et par ceux de Taipei (Taïwan) et de Cleveland (Ohio) offraient un choix exceptionnel. On ne peut que regretter le refus de la Chine d’envoyer des œuvres, sous le prétexte de vouloir d’abord récupérer celles qui restent à l’étranger.
Mais, au juste, qu’est-ce qu’une œuvre taoïste ? Pour Catherine Delacour, la commissaire d’exposition, il n’existe pas, à proprement parler, un style ou une école artistique taoïste. Il s’agit plutôt d’une influence qui traverse l’histoire de l’art chinois. Car le taoïsme ne se réduit pas à une philosophie ou à une mystique. Les textes de Laozi ou de Zhuangzi ne sont qu’une infime partie de cette nébuleuse qui travaille l’ensemble de la culture chinoise depuis ses origines. Les objets centraux de ce courant bigarré sont davantage le corps et la magie. Sous l’apparente unité d’un terme se cachent des œuvres, des pratiques, des auteurs, tous plus différents les uns des autres. Peuvent être considérés d’influence taoïste une pensée, une politique, une médecine, un ésotérisme, une alchimie, des pratiques d’exorcisme, des cultes dits religieux, des gymnastiques, des écoles monastiques, des techniques sexuelles…
Sur la terre comme au ciel
Cette image fait référence au système cosmologique et aux figures si particulières des dieux chinois. Il y est question du ciel, dont l’importance est cruciale en Chine puisqu’il en va de l’identité et de la place de l’homme (qui se tient entre ciel et terre). La fonction du ciel est d’ordonner et, pour lui donner corps, les taoïstes ont développé tout un panthéon, appelé bureaucratie céleste. L’image représente Les Régents des Onze Étoiles brillantes. Celles-ci forment un astérisme nommé Tianda Jiangjun qui emprunte aux constellations occidentales d’Andromède, du Triangle et de Persée. Aucune étoile n’apparaît pourtant sur cette peinture : à l’exception de quelques visages monstrueux, ce sont des êtres humains, habillés à la mode officielle de l’époque. Tianda est le nom de l’étoile la plus brillante et surtout d’un chef militaire de haut rang appelé le général céleste. Les autres étoiles correspondent aux lieutenants qui servent sous ses ordres. Les constellations voisines se nomment, au nord, les écuries célestes et, au sud, le campement. On remarque trois personnages portant chacun une tablette entre leurs mains jointes. Il s’agit d’un attribut propre à l’empereur et aux hautes fonctions administratives. Le monde des dieux chinois est calqué sur le système impérial. Tout en haut, trône l’empereur de Jade (Yuhuang) qui règne sur une cour de ministres, de généraux et une foule de fonctionnaires. Il confère des charges précises et exige qu’on lui rende des comptes. Selon la réussite de chacun, l’empereur céleste (tout comme le fait l’empereur terrestre) attribue avancement ou châtiment. L’aspect terre à terre du ciel chinois apparaît aussi dans les différents ministères célestes comme, le ministère de la Guerre, des Travaux, du Budget ou encore de la Petite Vérole… Les dieux sont tout entiers compris dans leur fonction et diffèrent en cela des divinités grecques qui sont davantage des visages de la réalité. Ainsi Aphrodite n’est pas tant une entremetteuse divine que l’aspect même du monde vu à partir de l’amour. L’une des figures les plus surprenantes du panthéon chinois est le dieu des Murs et des Fossés (Chenghuang Shen), le protecteur des circonscriptions administratives – un dieu des Yvelines ou des Hauts-de-Seine… Le ciel ordonne donc au sens le plus concret ; il n’est pas transcendant comme la cité de Dieu chrétienne. Car les dieux chinois ont pour unique fin de garantir l’intégrité de l’homme en tant qu’homme. Si l’homme ne parvient plus à se tenir droit dans son humanité, la liaison essentielle entre terre et ciel ne s’opère plus et la cohésion du monde s’en voit menacée.