Apprendre à penser

Le zen à l’estomac

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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ce que la philosophie occidentale redécouvre timidement aujourd’hui, la sagesse asiatique ne l’a jamais oublié : on pense d’abord avec son ventre. Encore faut-il se mettre à l’écoute de ses intuitions viscérales.

L’Occident est encore si spontanément dualiste que personne ne s’étonne que le « cerveau » ou la « tête pensante » d’une opération soit toujours présenté comme celui qui se garde bien d’agir, se contentant de guider de loin ceux qui n’ont que leurs muscles à faire valoir. Qu’il faille plutôt penser avec son ventre, comme le préconisait le maître zen Taisen Deshimaru (1914-1982), c’est-à-dire avec son être tout entier, apparaîtrait certainement comme une aberration aux intellectuels sourds aux mouvements du corps et peu enclins à attribuer la moindre sagesse à leurs tripes.

Dans le zen, le centre vital de l’homme se situe pourtant dans son abdomen (hara), comme l’a montré Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988). Ainsi, centre de gravité et centre d’énergie et d’activité coïncident parfaitement, alors que le primat occidental de la tête induit au contraire un déséquilibre, un décentrement manifeste. C’est pour cette raison que le bouddhisme zen recommande de faire taire le mental, qui s’émancipe en quelque sorte du reste du corps pour se complaire dans des constructions psychiques parasitaires. C’est là ce que Dainin Katagiri (1928-1990) appelle le « retour au silence » : le silence de la méditation assise (zazen), recentrement salutaire qui met fin à l’agitation intérieure. Se concentrer sur sa respiration, se défaire de toute représentation en tranchant l’ego permet de ne plus faire qu’un avec son corps et l’écouter enfin penser par lui-même. La « non-pensée » (hishiryo) doit en ce sens être comprise comme une sagesse viscérale, intuitive, plutôt que comme une réflexion consciente, rationnelle.

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