L’écologie peut-elle s’inviter dans le cockpit?

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L’écologie peut-elle s’inviter dans le cockpit?

(cc) By Saul Cuellar

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Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La révolution industrielle a transformé l’homme en un agent géologique, responsable de désastres environnementaux. Il est temps, soutient Corine Pelluchon, d’inviter la nature à la table des négociations politiques. L’impératif écologique pourrait-il devenir notre horizon commun ?

« L’histoire n’est plus seulement le rapport des hommes entre eux ou des nations entre elles : la nature se rappelle à nous. Elle s’invite dans l’histoire, parce qu’elle réagit de plus en plus à notre activité. C’est ce qui caractérise “l’ère anthropocène”, selon l’expression forgée en 2000 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen et reprise par Michel Serres : nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, ouverte avec la révolution industrielle au XVIIIe siècle, qui s’accélère depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’empreinte écologique laissée par nos activités, nos modes de consommation, notre démographie, a fait de l’humanité un nouvel agent géologique : la modification de la composition chimique de l’atmosphère et du régime des pluies, l’élévation du niveau des mers, le réchauffement climatique, tous ces phénomènes témoignent d’une action collective sur l’environnement de la planète, qui est irréductible à l’évolution biologique de l’espèce humaine, mais aussi à l’histoire des hommes telle qu’on la comprenait jusqu’alors.

L’ère anthropocène donne naissance à un “nous” historique nouveau, une association inédite de l’humanité à son environnement, en rupture avec la représentation traditionnelle de l’homme comme extérieur à la nature et aux autres vivants. Dans la pensée occidentale, le rapport de l’homme à la nature a été pensé sous une triple forme : celle du despote, libre de l’exploiter à sa guise, de l’intendant, gardien de ce que Dieu lui a confié, et d’un coopérateur, s’efforçant de la rendre plus productive. Ces schémas anthropocentriques sont tous périmés. L’écologie implique une nouvelle lecture de l’histoire, qui passe par la reconnaissance de la nature comme acteur historique. L’histoire humaine ne se joue plus seulement entre les hommes ; elle exige la position d’un tiers, reconnu dans son altérité : les autres espèces, les écosystèmes dont il faut faire entendre la voix en invitant dans nos institutions ce que Bruno Latour appelle les “entités non humaines” (forêts, rivières, mers, montagnes, etc.). Cette nouvelle nature n’est pas une “terre-mère”, comme dans l’hypothèse Gaïa, forgée par l’écologue James Lovelock et qui personnifie l’écosystème planétaire en un véritable agent historique. La nouvelle nature n’est pas non plus un pur objet techno-scientifique, extérieur à l’humanité. L’environnement dans lequel nous vivons est un milieu hybride, naturel et culturel, qui interagit avec l’activité humaine.

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