Regard
Corine Pelluchon : “Quand on ne rencontre que des gens masqués, on a le sentiment d’être seul au monde”
Séance avec un coiffeur pour le personnel soignant de l'unité de réanimation de l’hôpital La Pitié-Salpêtrière, à Paris. © ERIC DESSONS/JDD/SIPA
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« Le visage est une présentation de soi toujours paradoxale. Pour le philosophe Emmanuel Levinas [1906-1995] le visage ne s’identifie pas à la figure. Il peut même être n’importe quelle partie du corps. “Le visage déchire le sensible”, écrit-il, il a un mystère, une transcendance. Quand Levinas parle du visage, c’est pour dire qu’un être humain est unique ; autrui n’est pas un autre moi-même, c’est même sa différence qui est essentielle. Levinas dit que le visage est une épiphanie, qu’il exprime l’infini : cela signifie qu’il y a une fragilité, une mortalité, qui en appelle à notre responsabilité. Le masque, qui ne cache que le nez et la bouche, n’exclut donc pas que l’autre ait un visage, au sens lévinassien du terme. Le masque, dans le contexte actuel, nous rappelle aussi notre commune vulnérabilité, notre exposition à la mort, aux maladies, au cas où nous l’aurions oubliée.