Hors-série "Emmanuel Levinas"

L’animal a-t-il un visage ?

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 40 de Philosophie magazine « Emmanuel Levinas », en kiosque le 13 décembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’animal a une gueule, un museau, un mufle… mais est-il doté d’un visage ? Autrement dit, l’animal en appelle-t-il, comme autrui, à ma responsabilité à son égard ? Levinas demeurera toujours réticent à cette idée ; la philosophe Florence Burgat, spécialiste de la condition animale, décèle cependant chez le penseur de l’éthique du visage une certaine ambiguïté…

 

L’éthique du visage forgée par Emmanuel Levinas fait depuis quelques années l’objet d’un détournement. Bien qu’elle soit nettement cantonnée aux relations interhumaines, plusieurs philosophes comme Barbara J. Davy, Alphonso Lingis ou encore Peter Atterton, y trouvent une ressource pour repenser le rapport des hommes aux animaux, et fonder envers ces derniers l’impératif moral « Tu ne tueras point ».
 

Rien d’évident dans cette transposition, cependant. Levinas a toujours refusé d’étendre sa notion de visage aux animaux, rangeant du côté du « travail » leur mise à mort : « Ni la destruction des choses, ni la chasse, ni l’extermination des vivants – ne visent le visage, qui n’est pas du monde. Elles relèvent encore du travail, ont une finalité et répondent à un besoin. […] Autrui est le seul que je peux vouloir tuer », écrit-il dans Totalité et Infini 1. La violence du meurtrier ne peut s’exercer que dans la mesure où, dans le visage d’autrui, l’interdit de tuer est à la fois perçu et transgressé. Or, l’animal semble dépourvu d’un tel visage.

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