Le livre du jour

“L’Enfant céleste”, de Maud Simonnot

Temps de lecture : 2 min

Couverture du livre “L’Enfant céleste”

Couverture du livre “L’Enfant céleste”. © Éditions de l’Observatoire

« Être ou ne pas être », « To be or not to be » : et si cette fameuse déclaration contenait une allusion cryptée au père de l’astronomie moderne, Tycho Brahe ? Et s’il convenait de lire, à l’arrière-plan : « T(ych)O B(rah)E  OR NOT  T(ych)O B(rah)E » ? Cette suggestion à première vue déconcertante, ou même excessivement capillotractée, se trouve dans L’Enfant céleste, le roman de Maud Simonnot qui vient de paraître aux Éditions de l’Observatoire. Mais elle n’est peut-être pas aussi gratuite qu’elle en a l’air ! En effet, entre le drame d’Hamlet et la vie du grand astronome danois, les raisons d’établir des parallèles ne manquent pas.

 

L’Enfant céleste raconte un séjour partagé entre une mère et son fils dans une île de la Baltique, Ven, où Tycho Brahe s’est fait jadis construire un palais pour observer les étoiles, à une époque où il jouissait des largesses de la couronne du Danemark. Marie, l’héroïne, se remet d’une séparation douloureuse. Célian, son garçon, est précoce mais peu adapté au système scolaire. Pendant ce séjour très contemplatif, où tous deux se régénèrent lentement, ils mènent en filigrane une sorte d’enquête poétique sur la naissance de l’astronomie moderne. Parmi leurs découvertes, l’on apprend ainsi que :

 

  • William Shakespeare (1564-1616), dont on ne sait rien, et Tycho Brahe (1546-1601) furent quasi contemporains, et ils pourraient s’être rencontrés ou avoir eu mutuellement connaissance de leurs travaux.
  • Plus métaphoriquement, la plupart des 27 lunes d’Uranus portent les noms des personnages de Shakespeare : Titania, Juliette, Desdémone, Puck, Caliban, Prospero, Ophélie, Cressida, Rosalinde, etc. Or, en hommage à Uranus, l’incroyable palais de Tycho Brahe sur l’île de Ven s’appelait Uraniborg.
  • « Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark » : Tycho Brahe est un étrange personnage, qui est parvenu à fasciner le roi du Danemark Frédéric II au point que près de 1% des revenus de la couronne lui étaient reversés. C’est avec ces revenus qu’il s’est fait construire, sur l’île de Ven, son palais extravagant pour observer les étoiles. Le jeune prince Hamlet dénonce les intrigues et la corruption de la cour. Shakespeare aurait-il choisi de situer l’action de Hamlet au Danemark en hommage à l’astronome ?
  • Le défi auquel est confronté Tycho Brahe, c’est de renverser le système astronomique géocentrique, hérité de Claudius Ptolémée. Tycho Brahe ne mènera pas cette tâche à bien (le renversement définitif arrivera avec Copernic), mais il se trouve au seuil de cette révolution, qui chamboule complètement notre perspective sur l’univers, puisque l’humanité n’en occupe plus le centre. Tycho Brahe a collecté toutes les observations, mais il hésite à sauter le pas, à commettre ce parricide scientifique. De même que Hamlet hésite à tuer son oncle, Claudius, qui a pris place aux côtés de sa mère et sur le trône du Danemark, quand bien même il possède les preuves que ce dernier a assassiné son père. Claudius : c’est le prénom de l’autorité à déboulonner, pour Hamlet comme pour Tycho Brahe.

 

Stimulantes coïncidences… ou simple rêverie ?

 

Paru aux Éditions de l’Observatoire, L’Enfant céleste (2020) de Maud Simonnot est disponible ici.

Notre critique complète de “L’Enfant céleste”
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