La petite question
Les garçons sont-ils plus intuitifs ?
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Les filles sont « appliquées », les garçons « intuitifs » : d’après une étude, les professeurs évaluent leurs élèves selon des grilles conceptuelles très genrées. Mais comment expliquer que l’intuition, autrefois considérée féminine, soit devenue un don masculin ? Iris Ardeois retrace son histoire, de Platon à aujourd’hui.
Dans une note publiée le 13 janvier par l’Institut des politiques publiques, les deux chercheuses Marion Monnet et Pauline Charousset montrent qu’à compétences égales, le niveau des filles et des garçons est qualifié différemment par les enseignants, surtout dans les disciplines scientifiques. L’analyse des appréciations de plus de 600 000 bulletins de terminale entre 2013 et 2017 révèle que ces différences portent d’abord sur le comportement des élèves et ensuite sur leurs résultats. Dans 64% des cas, les termes employés permettent de prédire correctement le sexe de l’élève dont il est question : le terme d’« intuition » indiquerait généralement qu’il s’agit d’un garçon, tandis que le mot « appliqué » correspondrait dans la plupart des cas à un bulletin féminin.
Des bulletins genrés
Bien que les remarques négatives sur le comportement concernent majoritairement les garçons, la tendance s’inverse dès qu’il est question des compétences : seuls 6% des termes qualifiant les compétences des filles sont positifs, contre 52% pour les garçons de même niveau scolaire. Selon les deux chercheuses, ces chiffres révèlent la persistance des stéréotypes de genre à l’école. Les garçons disposeraient ainsi de « prédispositions naturelles pour les disciplines scientifiques » et auraient des capacités « innées » dans ce domaine, ce qui expliquerait que leurs appréciations soient plus susceptibles de contenir les mots « intuition » ou « passion » que leurs homologues féminines, décrites par des termes tels que « failles » ou « difficultés ».