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Les noms de famille vont-ils disparaître ?

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Les noms de famille vont-ils disparaître ?

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Nous sommes habitués à nous identifier par notre prénom et notre nom de famille. Or cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire. Et si l’on assistait au retour du mononyme ? C’est l’hypothèse osée que défend l’essayiste Raphaël Doan.


 

Voici une prophétie qui ne me fait pas courir trop de risques, car je ne serai plus là pour vérifier si elle se réalise : au prochain ou dans les prochains siècles, les noms de famille vont disparaître. Nous entrerons dans le monde étrange de la mononymie : chaque personne n’aura qu’un seul nom. Un prénom, et c’est tout.

Des noms à rallonge… ou pas de nom du tout

Ce ne sera pas la première fois. Il y a déjà eu un moment de notre histoire où la plupart des gens n’avaient pas de nom de famille. Depuis la fin de l’Antiquité romaine, et au moins jusqu’aux XIe-XIIIe siècles, on ne se connaissait en général que par un prénom. Dans des documents comptables de Saint-Martin de Tours datant de l’époque mérovingienne, une liste de neuf cents personnes comprend seulement des mononymes : Fregeda, Babus, Theudolaicus, Sileubus, Augena… (voir Pierre Gasnault, Journal des savants, 1970). Dans le Polyptique d’Irminon, un inventaire des possessions de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés sous Charlemagne, les individus sont également listés par un seul nom : Godeboldus, Godehildis, Amlatrudis, Walateus, Framengildis, Ercanboldus, Gilda.

“Les noms de famille vont disparaître. Mais la mononymie n’aura rien d’inédit : il y a déjà eu un moment de notre histoire où la plupart des gens n’avaient pas de nom de famille” Raphaël Doan

 

C’était l’aboutissement d’un long processus qui semble avoir commencé mille ans plus tôt : la simplification progressive de l’onomastique. Sous la République romaine, les patriciens, puis également les plébéiens, revêtaient les tria nomina, les trois noms : le prénom (praenomen), le nom de famille (nomen) et le surnom (cognomen). Dans « Caius Julius Caesar », Caius est le prénom, Julius le nom de famille (celui de la gens Julia), et Caesar le surnom. Le prénom était le moyen de distinguer l’individu au sein de la famille, le nom marquait l’appartenance familiale, et le surnom servait soit à identifier plus précisément l’individu, soit à faire un rappel de certains ancêtres. Il y avait peu de prénoms : une quarantaine en théorie, en pratique plutôt une douzaine réellement utilisés (Lucius, Publius, Gaius, Marcus…). Dans les documents administratifs, on était encore plus exigeant, puisqu’on ne demandait pas seulement les tria nomina, mais aussi le nom du père et l’appartenance à la tribu (une circonscription politique). Pour les femmes, l’onomastique était plus simple et sévère puisqu’elles n’étaient appelées que par leur nom de famille et, éventuellement, un cognomen (par exemple Antonia Minor).

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