Les promesses de l’homme
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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Témoin des incarnations totalitaires de l’idée de « monde nouveau » au XXe siècle, le philosophe Hans Jonas s’est toujours méfié de l’utopie technicienne. Le premier penseur de l’écologie nous invite à prendre nos responsabilités vis-à-vis du futur.
À la question de la possibilité d’un autre monde, nul doute que Hans Jonas aurait répondu « oui », ajoutant immédiatement : « Quel autre monde est-il souhaitable ? » Car, pour Jonas, l’idée d’un « autre monde » est fondamentalement ambiguë, nourrissant les pensées et les actions les plus généreuses comme les rêves les plus fous et les projets les plus criminels.
La technique incontrôlable
Né en 1903, parti d’Allemagne en 1933, au moment de la prise du pouvoir par Hitler, mort en 1993 à New York, Hans Jonas a été témoin de toutes les dérives de l’idée de « possible » au XXe siècle. Les totalitarismes ont, idéologiquement, vécu de l’idée d’un « autre monde », inséparable de celle d’un « homme nouveau ». Mais, à la différence de Hannah Arendt, Jonas ne s’est pas donné comme tâche d’analyser la logique totalitaire. Après des études sur la religion gnostique (qui fait de l’homme un étranger en exil dans ce monde), il se consacre à la biologie et au sens proprement humain de la vie organique (Le Phénomène de la vie ). Thème commun de ces deux premières étapes de sa pensée : la vérité de l’homme est dans sa vie terrestre, l’homme est chez lui dans le monde naturel qu’il marque de son empreinte. Il ne s’agit pas de fuir « partout ailleurs hors du monde » mais d’aimer notre condition corporelle et d’en assumer sereinement les limites, la mortalité notamment.