Dossier / “La mort, autant s'y préparer”

Les quatre âges de la mort

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Les quatre âges de la mort

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Cet article est issu du numéro 194 de Philosophie magazine « La mort, autant s’y préparer », en kiosque le 30 octobre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis l’Antiquité, le rapport à la mort s’est plusieurs fois métamorphosé. Inscrit dans un ordre naturel ou sujet de scandale, prolongeant la vie dans un au-delà ou marquant la pure absurdité de l’existence ici-bas, la perspective du trépas a nourri la réflexion des philosophes. En voici un panorama, classé selon quatre périodes : la déprise, l’apprivoisement, l’inquiétude, le scandale. Nous orientons-nous désormais vers un cinquième âge, celui de l’anticipation ? 

 

1. L’âge de la déprise

Partout présente dans le cosmos, la mort est inscrite pour les Antiques dans l’ordre naturel, comme le nécessaire terme de la vie, auquel le sage se plie, en veillant à la tranquillité de son âme.

 

Se libérer du corps avec… Platon (428-348 av. J.-C.)

« Les philosophes s’exercent à mourir, et ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort »
— Phédon

Socrate, le maître de Platon a, on le sait, été condamné à boire la ciguë, un poison mortel. Cependant, il aurait pu échapper à l’exécution de la sentence – ses amis ont organisé sa fuite. Leur proposition, Socrate la refuse. Pour lui, le corps est un tombeau, mais l’âme peut et doit s’exercer à s’en libérer. Prendre soin de son âme, c’est se détacher des passions du monde, se tourner vers la pure contemplation des idées. Ainsi, « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Mais qui est capable de se hisser à un tel niveau de détachement ?

 

Raisonner ses peurs avec… Épicure (341-270 av. J.-C.) 

« La mort n’est rien pour nous et ne nous touche en rien » 
— Lettre à Ménécée

Épicure propose un remède à la peur de mourir qui reste l’un des plus puissants. L’argument est simple : une fois morts, nous ne souffrirons pas d’être morts. La mort est sans regrets ni sensations, elle n’est rien. Et qui aurait peur de rien ? Il nous enjoint ainsi à nous défaire du rêve d’immortalité (de l’hybris), de la crainte de l’au-delà (qui n’existe pas) et de la peur de la souffrance (supportable)… Un programme pour vivre plus heureux.

 

Pratiquer des exercices spirituels avec… Marc Aurèle (121-180)

« Ne méprise pas la mort, mais sois content d’elle, puisqu’elle est une des choses que veut la nature »
— Pensées pour moi-même

Au contraire des épicuriens, les stoïciens, dont l’empereur Marc Aurèle, ne prétendent pas que la mort n’est rien. Ils en font même un événement majeur. Mais ils nous invitent à y penser sans cesse, à nous habituer à cette idée que nous allons con-naître l’agonie, pour ne pas nous laisser surprendre le jour venu. Pour eux, la tranquillité de l’âme repose sur cet entraînement : il faut avoir longuement médité le négatif pour l’endurer.

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