Cinéma

“Mon amour” : à cœurs ouverts

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Image tirée du film Mon amour, de David Teboul.

Image tirée du film Mon amour, de David Teboul. © Les Films d'ici

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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec le film Mon amour, le cinéaste David Teboul se confronte à la mort de son compagnon en partant en Sibérie interroger des hommes et des âges de tous âges pour savoir ce que signifier « aimer ». Une quête personnelle et bouleversante. 

 

« Pourquoi est-ce si douloureux d’aimer et de cesser d’aimer ? » Il est de ces questions qu’aucune réponse ne satisfait et que, pourtant, chacun s’est déjà posées. Le réalisateur David Teboul s’y confronte, après la mort précoce de son compagnon. Le producteur Frédéric Lauzy avait 39 ans, et celui qui n’a cessé de l’aimer malgré les orages et les séparations s’est alors senti « coupable » de n’avoir pas su le sauver de ses addictions, de n’avoir pas su le tirer d’une course à l’abîme prenant la forme du « paroxysme simultané du plaisir et de la destruction ». La mort l’a dépossédé d’une moitié de son histoire, rendu à demi amnésique par la perte de leurs souvenirs communs. Que deviennent-ils quand plus personne ne les partage avec soi ? Comment s’assurer de leur authenticité sans la confirmation du tiers ? « Le temps passé avait pris la forme du bonheur et puis la catastrophe avait eu lieu », note ainsi le narrateur de ce long film contemplatif, pas vraiment dupe de cette illusion rétrospective. Il débute par l’image d’une steppe gelée et le récit succinct, en voix off, d’une relation de dix ans avant d’évoquer le désormais « blanc de la mémoire ». Ce paysage est celui de la Sibérie où David Teboul est allé « interroger la mémoire des autres » en espérant que la sienne réapparaisse. Aux confins d’une terre froide et désolée, il a demandé à des hommes et des femmes de tous âges, qui ont connu les bouleversements politiques et les drames personnels, ce que pour eux « mon amour » signifie. Revendiquant un style durassien, y compris dans les longueurs, il entremêle ainsi les récits de vie de cette « Russie extrême », parfois nostalgiques de l’URSS, et les échos de sa vie propre, se demandant ce qui demeure quand tout a été perdu. Posant des questions comme un enquêteur et filmant à la manière d’un documentariste, David Teboul, connu notamment pour un récent film sur Hervé Guibert, préfère parler de « fiction intime ». Ce recul, qui permet paradoxalement d’être au plus près de soi en s’éloignant, Michel Tournier l’a nommé « extime ». À l’inverse du repliement sur soi, ce geste à la fois littéraire et sociologique repose sur un « mouvement centrifuge de découverte et de conquêtes ». L’écrivain ajoute : « les choses, les animaux et les gens du dehors m’ont toujours paru plus intéressants que mon propre miroir. Le fameux “Connais-toi toi-même” de Socrate a toujours été pour moi une injonction vide de sens. C’est en ouvrant ma fenêtre ou en passant ma porte que je trouve l’inspiration. » C’est ainsi que David Teboul réalise son cinéma du dehors.

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