Théâtre

“Leurs enfants après eux”. À l’Est, rien de nouveau ?

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“Leurs enfants après eux”. À l’Est, rien de nouveau ?

Leurs enfants après eux. © Jean-Louis Fernandez

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Cet article est issu du numéro 152 de Philosophie magazine « Sommes-nous si fragiles ? », en kiosque le 26 août 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Sur la magnifique scène du Théâtre du Peuple, à Bussang dans les Vosges, le metteur en scène Simon Delétang et les jeunes acteurs de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre donnent chair au roman du prix Goncourt 2018 – et lui-même vosgien – Nicolas Mathieu.

 

« Par l’art et pour l’humanité ». Ce credo surplombe la scène du merveilleux Théâtre du Peuple à Bussang depuis 1895. Cette utopie, imaginée à la fin du XIXe siècle dans les Vosges par un artiste du cru revenu des mondanités parisiennes, ressemble à un navire de bois accroché à flanc de colline, dont le fond de scène s’ouvre magiquement sur la nature. Sur ce plateau, treize jeunes comédiens issus de la 80e promotion d’acteurs de la prestigieuse École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt) présentent cet été une adaptation de Leurs Enfants après eux, du prix Goncourt 2018 Nicolas Mathieu, sous la direction de Simon Delétang. Ils rejouent là l’histoire mélancolique d’une génération pétrie de désirs risqués et d’illusions perdues, le récit de l’ennui juvénile à l’est d’une France dés­industrialisée, désœuvrée au début des années 1990. Courses à moto, goût du risque, désir naissant et premières expériences de l’amour : le temps adolescent se conjugue au présent, imprévoyant de l’avenir, soucieux seulement d’intensité, d’autonomie et de liberté. Et pourtant… Au sortir de l’adolescence, à la fin de la décennie, lorsque les enfants d’Heillange, où se déroule le roman, se retrouvent, ils ont vieilli, et leurs rêves avec eux. Ils ont eu des enfants, à leur tour. Peu se sont éloignés de cette région. Les grandes aspirations existentielles se sont heurtées au mur du réel. Ils n’ont pas échappé à leur histoire, elle s’est reproduite, au sens métaphorique que Pierre Bourdieu donne à la « reproduction ». Le sociologue souligne les mécanismes du déterminisme social à travers la transmission d’un capital non seulement économique mais aussi culturel, et la perpétuation des habitus de classe, c’est-à-dire des manières de percevoir le monde, de le juger et d’agir héritées. Elles conduisent à l’immobilité sociale, voire à ce que Bourdieu considère par ailleurs comme un amor fati, un « amour du destin social », soit un « ajustement inconscient » aux structures de domination.

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