L’Histoire se réveille-t-elle en mer de Chine?
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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les ambitions maritimes de Pékin tendent ses relations avec ses voisins et, pour Francis Fukuyama qui amende là sa théorie de la « fin de l’histoire », signent le retour à une logique de guerre.
Il y a quelques semaines, le philosophe américain Francis Fukuyama a publié sur Twitter : « Personne n’est prêt à ceci : la Chine s’entraîne à une guerre éclair contre le Japon en mer de Chine » et « Contrairement à l’époque de la guerre froide, nous ne disposons pas de scénarios d’escalades clairs et de pare-feu pour l’Asie. » L’apôtre de la « fin de l’histoire », persuadé que l’humanité se dirige vers une généralisation des démocraties libérales, se serait-il converti au catastrophisme ? Il évoque des tensions à propos des îles Senkaku/Diaoyu, sept mètres carrés d’îlots inhabités mais fort disputés. Les provocations se sont multipliées entre Japonais et Chinois. Des dirigeants des deux camps ont parlé de risques d’intervention armée. Depuis, les conflits territoriaux en mer de Chine méridionale se sont élargis à d’autres pays. Après que la Chine a annoncé début mai l’installation d’une plateforme pétrolière dans les eaux d’un archipel ayant longtemps appartenu au Vietnam, Hanoï a envoyé vingt-neuf navires armés, entraînant une brève confrontation. Quelques jours plus tard, de violentes émeutes antichinoises embrasaient le Vietnam. Autre conflit, celui qui oppose les Philippines à Pékin, et qui a donné lieu à un épisode musclé entre des marins chinois et des garde-côtes philippins début mai. Avec un budget militaire en augmentation de 12,2 % en 2014, la Chine inquiète. Quant aux États-Unis, qui considéraient jusqu’alors la zone comme un terrain conquis, ils s’arc-boutent. Barack Obama avait consacré sa première visite après sa réélection à ses alliés de la région, « pivot » de sa nouvelle politique étrangère. Et lors de son récent voyage au Japon, en Corée du Sud, en Malaisie et aux Philippines, fin avril, il a rappelé qu’un accord de défense mutuelle liait les États-Unis, les Philippines et le Japon. Bref, les deux premières puissances mondiales disposent d’un théâtre d’affrontement explosif.