L’honneur de durer

Temps de lecture : 3 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 41 de Philosophie magazine « 41 - été 2010 », en kiosque le 01 juillet 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La France vient de récupérer le maillot jaune du peloton humain : le doyen de l’humanité est français ! Après Jeanne Calment morte à 122 ans, ce titre nous avait un moment échappé ; mais c’est désormais Eugénie Blanchard, 114 ans, qui arrive en tête. Pourquoi s’en glorifier ? Kant offre une réponse quand il se demandait, dans Le Conflit des facultés, d’où vient le « devoir d’honorer la vieillesse ».

Ce respect, disait-il, ne saurait provenir de la faiblesse du vieillard, car la faiblesse n’est pas un mérite. Il ne peut davantage être inspiré par la sagesse, puisqu’il arrive que la vieillesse en soit tout à fait dépourvue. Non, à la source de cet honneur, il y a plutôt, dit Kant, la reconnaissance de la performance d’avoir duré. Même si une existence n’a rien d’exceptionnel, le simple fait de la prolonger apparaît comme un exploit face à la « sentence la plus humiliante qui puisse être rendue sur un être raisonnable : tu es poussière et tu dois devenir poussière ».

On pourrait objecter que cette performance s’est beaucoup affaiblie dans le monde contemporain. Vieillir n’y est plus une exception : rien de plus normal, rien de plus fréquent. La part principale du mérite en revient moins à l’individu qu’aux progrès de la médecine qui nous apporte non seulement l’espérance de vie, mais surtout, désormais, « l’espérance de vie sans handicap ».

Cet article est réservé aux abonnés