La bibliothèque de Bergson
Une œuvre conçue pour durer
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Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Alors que les progrès de la science consacrent l’ère des machines, Bergson s’insurge : tout n’est pas que mécanique ! Le vivant est traversé par un élan qui ne peut être ignoré, sous peine de rupture avec notre véritable nature. La preuve avec ses principaux ouvrages résumés ici. Par V. de O.
Ce qu’il a changé
C’est assez rare pour être signalé : Bergson n’a pas eu besoin de mourir pour devenir une star de la philosophie. De son vivant, on se presse à ses cours au Collège de France où il est nommé en 1900, on le lit et on le commente dans les salons, on lui décerne le prix Nobel de littérature en 1927. À une époque où le positivisme et sa foi dans la science et le progrès sont à leur comble, cela peut paraître étonnant. Bergson est en effet le philosophe de l’élan vital, de la durée opposée au temps objectivement mesurable, du refus de réduire la conscience et la mémoire au cerveau, organe pour lequel la science se passionne. Dans l’Essai sur les données immédiates de la conscience, il célèbre l’art pour sa capacité à nous plonger en nous-mêmes jusqu’à une forme d’inconscient, comme le ferait l’hypnose, mais avec des procédés « raffinés et en quelque sorte spiritualisés ». Et il achève son œuvre, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, par un appel à une forme de mysticisme. Le rapport de Bergson à la science n’a cependant rien d’une opposition frontale, bien au contraire. Il s’approprie les théories de l’évolution et de la relativité pour les mettre en tension avec ce « supplément d’âme » qu’il sent et espère en toute chose.
Ses livres
Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)
Dans ce premier essai, Bergson introduit l’un de ses concepts phares : la durée. À la différence du temps objectif mesurable par les horloges, la durée correspond à la succession de nos états de conscience, à une multiplicité organisée comme les différents éléments d’une mélodie. Bergson remarque bien que lorsque nous tentons de nous représenter le temps qui passe, nous ne pouvons manquer de faire intervenir la notion d’espace : nous imaginons une ligne où se succèdent les événements ou encore les oscillations d’un pendule. Mais la durée renvoie à autre chose : « En dehors de moi, dans l’espace, il n’y a jamais qu’une position unique de l’aiguille et du pendule, car des positions passées il ne reste rien. Au dedans de moi, un processus d’organisation ou de pénétration mutuelle des faits de conscience se poursuit, qui constitue la durée vraie. »