La notion
“Limitarisme”
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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Trop, c’est combien ? » C’est à cette question que s’efforce de répondre la philosophe belgo-néerlandaise Ingrid Robeyns dans un ouvrage récent, Limitarianism. The Case Against Extreme Wealth (2024). L’originalité de sa position est d’affirmer l’illégitimité de l’extrême richesse – « personne ne devrait posséder plus qu’un certain plafond de biens » – sans pour autant défendre un égalitarisme intransigeant. Les inégalités, affirme-t-elle, ne sont pas un problème en soi : « un certain degré d’inégalité est justifié » dans la mesure où « certaines personnes travaillent beaucoup plus que d’autres, prennent plus de risques ou assument plus de responsabilités ». Elles le deviennent seulement lorsqu’une minorité concentre un « excédent » très important de richesse, alors que quantité de besoins essentiels ne sont pas satisfaits. Ingrid Robeyns a en particulier en tête la pauvreté mondiale et l’enjeu de la crise climatique. Elle prône une approche en trois points. Une « action structurelle », d’abord : « Les principales institutions sociales et économiques de nos sociétés devraient offrir aux citoyens une véritable égalité des chances, grâce à des services de garde d’enfants abordables, à une éducation gratuite et de qualité »… Ensuite, elle défend une politique fiscale de taxation à 100 % sur la fortune et le revenu « au-delà d’un certain point ». Enfin, elle promeut le développement d’un « ethos limitariste » stipulant que l’accumulation de richesse ne doit plus être l’horizon qui donne son sens à la vie.