Lorsqu’il évoque Pétain, Emmanuel Macron est-il encore fidèle à Paul Ricœur ?
Lors de son « itinérance mémorielle » à l’occasion du centenaire de l’armistice de 1918, Emmanuel Macron a suscité les critiques en rendant hommage aux qualités de soldat de Philippe Pétain, pour justifier qu’il soit célébré avec les autres maréchaux de la Grande Guerre, lors d’un hommage aux Invalides : « On peut avoir été un grand soldat à la Première Guerre mondiale et avoir conduit à des choix funestes durant la Deuxième. »
Pour le président de la République, qui se revendique depuis son élection du philosophe Paul Ricœur, auteur de La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, il s’agit, en évoquant la mémoire du chef de gouvernement collaborationniste, de n’occulter « aucune page de l’histoire ». Comme l’explique Michel Eltchaninoff, Emmanuel Macron entend, à l’instar de son maître, défendre une « juste politique de la mémoire », en se gardant de l’oubli mais aussi d’un abus de mémoire. Bref, il chercherait sa voix entre glorification et repentance, tentant d’élaborer un récit national pour se réconcilier avec son passé. « Je suis troublé, écrit le philosophe, par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire des commémorations et des abus de mémoire – et d’oubli. »
Mais en rendant hommage aux qualités du Maréchal Pétain, le chef de l’État a-t-il été assez fidèle à Paul Ricœur ? Selon Michel Eltchaninoff, il aurait commis une maladresse politique en se faisant plus historien que gardien de la mémoire. À ses dépends ?