Portrait

Lou Andreas-Salomé, la philosophe derrière la muse

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Lou Andreas-Salomé, la philosophe derrière la muse

Lou Andreas-Salomé en1890. ©Fine Art Images/Heritage Images/ Collection Christophel

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Lorsqu’on parle de Lou Andreas-Salomé (1861-1937), trois éléments viennent souvent à l’esprit : sa fameuse photo à l’arrière d’une charrette tirée par Friedrich Nietzsche et Paul Rée (qui l’auront tous deux demandée en mariage), sa relation amoureuse et poétique avec le jeune Rainer Maria Rilke (qui en aura fait sa muse et déesse) et son lien intellectuel et amical très fort avec Sigmund Freud, alors qu’il venait tout juste de poser les bases de la psychanalyse. L’histoire semble l’avoir condamnée au statut de personnage secondaire de la vie de grands hommes. Ce serait bien mal la connaître que de s’en tenir à cette image : son œuvre foisonnante en apporte la preuve.

 

Littérature, poésie, carnets de voyages et essais sur le théâtre, ses textes explorent la question de la religion, de l’amour et de la liberté, en s’inspirant sans doute en partie des idées de ses amis, mais en déclinant également de manière singulière, plus vivante et plus concrète, les mêmes interrogations.

À l’origine de la religion, le besoin de croire

Le premier pilier de la réflexion saloméenne est à chercher du côté de la religion. Issue d’une famille russe d’origine allemande, elle est élevée dans le protestantisme le plus pieux, se rend à l’église et suit les cours de catéchisme du pasteur Hermann Dalton. Pourtant, elle se sent moins proche de la croyance biblique que de celle de son imagination, qui lui fait considérer une sorte de « Dieu Grand-Père » – figure autrement plus familière et complice – qui la suivait dans ses aventures et à qui elle pouvait raconter des histoires. Dans Ma Vie, elle écrit : « C’est comme si l’on avait quitté le giron des parents, dont il faut bien un jour descendre pour aller s’installer dans le giron de Dieu, qui semble être un Grand-Père qui nous gâte beaucoup plus, permet tout, est très généreux, comme si toutes ses poches étaient pleines de cadeaux. » Dans ses essais sur la religion, elle approfondira son rapport à la croyance en posant le principe de la Rückwirkung, « l’effet rétroactif ». Il s’agit de l’idée selon laquelle l’être humain ne serait pas devenu croyant parce que Dieu existait, mais l’inverse : c’est le besoin de croire qui crée la religion. La peur d’un ciel vide pousse l’individu à vouloir le remplir ; et pour rendre sa création plus crédible, il fait en sorte que son dieu l’ait créé lui-même, a posteriori. En distinguant la religion du sentiment religieux, Lou Salomé est donc libre d’écarter les représentations bibliques traditionnelles, jugées trop limitées, pour fonder son propre système de croyance, autrement plus adapté à sa pensée de la vie, de la liberté et de la joie.

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