Derrière les mots
Macron et la viande : autopsie d’une métaphore carnivore
Barbazan-Debat (65), le 29 avril 2022. Emmanuel Macron lors d’une visite dans les Hautes-Pyrénées. © Caroline Blumberg/Pool/Reuters
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Arrêtons de brouter de l’herbe, l’Europe doit se faire carnivore, a annoncé Emmanuel Macron le 7 novembre dernier, lors du sommet de la Communauté politique européenne. Quel est le sens de cette métaphore aux relents virilistes ?
« Lucide, ambitieux, déterminé », tel était l’état d’esprit européen que Macron a appelé de ses vœux, le 7 novembre, lorsqu’il s’est rendu à Budapest, en Hongrie, pour le sommet de la Communauté politique européenne. Le discours qu’il a porté devant tous les dirigeants européens visait à défendre la sécurité, la souveraineté et la démocratie des puissances européennes, potentiellement fragilisées par cette nouvelle élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Après une intervention d’une dizaine de minutes centrée sur la question de la puissance, le président de la République propose une conclusion étonnante en forme de métaphore filée : une Europe forte est selon lui une Europe carnivore. Examinons cette image lourde de sous-entendus.
Macron au zoo humain
« Au fond, pour moi, c’est simple, le monde est fait d’herbivores et de carnivores. » Emmanuel Macron part de ce constat simple, qui se veut descriptif. Les hommes, comme les animaux, sont divisés en deux règnes : ceux qui mangent de la carne et ceux qui n’en mangent pas. Utilisée lors d’un sommet européen, la métaphore n’est pas anodine. Elle convoque une imagerie géopolitique datée, qui nous a habitués à scinder le monde en deux : les pays du nord et ceux du sud, les puissances développées et les celles en développement, les dominants et les dominés. Dans Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), Rousseau se livrait au même genre de portrait des peuples, opposant alors les Italiens, « efféminés et mous » car vivant de « beaucoup d’herbages », aux Anglais, « grands mangeurs de viande », qui ont dans leurs « inflexibles vertus quelque chose de dur et qui tient de la barbarie ». Ce discours racialiste tend bien à essentialiser voire à hiérarchiser les peuples.