1. Ça rend sage ou ça rend fou ?

Marcel Conche: “La philosophie m’a retenu de me précipiter dans le délire amoureux”

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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À 94 ans, Marcel Conche a toutes les apparences du sage, lui qui a consacré sa vie à la recherche de la vérité et à la lecture des Grecs anciens. Mais est-ce bien normal ?

Marcel Conche est-il le dernier des sages ? Infatigable lecteur, grand commentateur et traducteur des Anciens (Héraclite, Anaximandre, Pyrrhon, Parménide, Épicure…), il a puisé chez eux sa métaphysique de la Nature. À 94 ans, retiré dans sa Corrèze natale, vivant frugalement, il s’est consacré depuis l’enfance à la philosophie. Il aurait donc toutes les caractéristiques du sage : la vieillesse (autant que celle-ci est sage), le détachement des attentes et des désirs qu’Épicure juge vains, la seule jouissance des idées. Mais est-ce si simple ? N’y a-t-il pas un brin de folie dans cette vie emportée par la passion absolue de la philosophie ?

La question l’a d’abord fait rire ; il l’a donc prise au sérieux, en philosophe pour qui toute interrogation est exercice de la raison. Exercice socratique s’il en est, quand la question se retourne, en amène une autre, plus juste ou plus inattendue. C’est ainsi que pense Marcel Conche…

 

La philosophie vous a-t-elle rendu sage ou fou ?

Marcel Conche : D’abord, demandons-nous si ce n’est pas être fou que de se croire philosophe. Lorsque je me dis philosophe, ne suis-je pas comme le fou qui se prend pour Napoléon ? Bien sûr, je cherche la vérité par « l’unique moyen de la lumière naturelle », comme dit Descartes, c’est-à-dire par l’unique moyen de la raison. En principe donc, je ne cours aucun risque de folie. Seulement, je n’atteins que des apparences de vérité, j’écris ce qui me semble vrai. Alors, je me pose la question : si j’écris et si l’on ne me lit pas, si je parle et si l’on ne m’entend pas, ne suis-je pas dans la condition du fou qui parle tout seul dans son coin, en dehors de la société ?

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