Entretien

Marie-Françoise Baslez : “Les débuts de la chrétienté étaient une ère de tous les possibles”

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Marie-Françoise Baslez en 2013

Marie-Françoise Baslez en 2013. © Didier Goupy/Signatures

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Vous avez participé, en tant qu’historienne des religions, à l’écriture de l’encyclopédie Après Jésus. L’invention du christianisme (Albin Michel, 2020). Pourriez-vous préciser la démarche de cet ouvrage ?

Marie-Françoise Baslez : Le titre peut paraître paradoxal car il semble indiquer une suite à la vie de Jésus, objet d’un premier ouvrage (Jésus. L’encyclopédie, également paru chez Albin Michel, en 2017). Pourtant c’est bien de l’invention du christianisme dont il s’agit, c’est-à-dire d’un fait nouveau. Cette encyclopédie est en effet la suite d’un livre aussi imposant que le susmentionné, paru il y a trois ans et qui était consacré à Jésus. Ce livre-là ayant été un grand succès, les éditeurs se sont sentis portés par un courant d’intérêt, non seulement de la part des croyants envers la figure du Christ, mais aussi de non-croyants vis-à-vis du christianisme comme objet de culture. Le livre combine donc deux démarches : celle des théologiens et des historiens, des spécialistes de l’Antiquité, de la culture grecque et de la pensée juive. Durant les dix-huit mois de notre travail collectif, une collaboration inédite est née entre théologiens, les historiens et les philosophes. Une approche parfois culturelle et laïque, parfois profondément spirituelle. 

 

“On a parfois l’impression que Jésus serait parti en laissant les choses bien en ordre, un testament, avec une église presque finalisée, des textes et un programme à appliquer. Il n’en est rien. Dans les trois premiers siècles, tout pouvait arriver”

Pourquoi parlez-vous d’“invention” du christianisme ? L’invention suppose un inventeur, et donc une sorte de verticalité : quelqu’un qui aurait eu une idée géniale. Pourquoi n’employez-vous pas un terme plus habituel, comme “apparition” ou “émergence” ?

Les co-auteurs avaient à l’origine voulu partir de l’idée de “révélation”. La révélation de la foi chrétienne dans le monde vécu, mais dans un monde aux dimensions impériales – celles de l’Empire romain. Mais les historiens ont considéré que le terme d’invention correspondait mieux car il s’agit avant tout d’une ère de tous les possibles. On a parfois l’impression que Jésus serait parti en laissant les choses bien en ordre, un testament, avec une église presque finalisée, des textes et un programme à appliquer. À l’inverse, le cheminement commun des théologiens et des historiens a été de montrer que rien n’était programmé ni prédéterminé dans ces trois premiers siècles : au contraire, tout pouvait arriver.

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